Le documentaire « Dernsie: The Amazing Life of Bruce Dern » a été présenté au Festival de Cannes dans la section Cannes Classics, offrant un portrait de Bruce Dern à 89 ans à travers des entretiens menés sur plusieurs années. Le film, d’une durée de 1 heure 51 minutes, revient sur une carrière bâtie sur l’instinct, les ruptures de ton et une manière de jouer que Quentin Tarantino résume par une simple réplique: « John Wilkes Booth? »
Réalisé par Mike Mendez et écrit par Benjamin Epstein, le film s’appuie aussi sur la présence de Laura Dern et sur les témoignages de plusieurs proches collaborateurs, parmi lesquels Tarantino, Walton Goggins, Billy Bob Thornton et Alexander Payne. Tarantino prend comme exemple cette ligne improvisée par Dern dans « Once Upon a Time in Hollywood », un détail qui dit beaucoup de ce que le film cherche à capter: un acteur capable de faire basculer une scène par une inflexion inattendue.
Le documentaire est construit comme un hommage bienveillant, nourri d’images d’archives, de photos de famille et de séquences qui replacent Dern dans l’histoire du cinéma américain. Il insiste notamment sur ses performances les plus durables, de « Coming Home » à « Nebraska », deux films qui ont fixé son image d’acteur nerveux, imprévisible et profondément singulier. Cette trajectoire est aussi racontée par ses propres mots, notamment lorsqu’il dit: « The reason I never went back to the theater is because what we’re doing here ».
Cette histoire commence loin des tapis rouges. Dern évoque une enfance privilégiée à Chicago, où sa famille avait une bonne et un chauffeur, avant que son choix de devenir acteur ne provoque une rupture avec les siens. Il raconte ensuite son départ pour New York et The Actors Studio, où Elia Kazan lui a fait jouer des scènes sans parler pendant un an avant de lui dire que son don était pour « behavior ». Ce mot, repris dans le film, sert de fil conducteur à tout le portrait: chez Dern, le jeu passe d’abord par l’attitude, le geste, l’impulsion.
Le documentaire ne cache pas non plus les contours plus larges de cette ascension. Dern dit que son grand-père a été gouverneur de l’Utah et secrétaire à la Guerre sous Franklin D. Roosevelt, et que Adlai Stevenson était le partenaire juridique de son père avant de se lancer dans la course à la présidence. Mais le film met surtout en avant ce que Dern a fait ensuite de cet héritage et de cette distance familiale: il a imposé une présence à part, souvent rugueuse, toujours reconnaissable.
Cannes offre à ce portrait une scène logique, mais aussi un point d’arrêt. À 89 ans, Dern n’est plus seulement un acteur célébré par ses pairs; il devient le témoin vivant d’une certaine idée du cinéma américain, celle où l’accident, la retenue et la surprise comptent autant que la technique. Si le film a autant de prise, c’est parce qu’il montre qu’un « Dernsie » n’est pas une anecdote de tournage, mais une façon de faire exister une scène entière en une seule respiration.

