Les registres de prison montrent que Nadia Marcinko a rendu visite à Jeffrey Epstein au moins 67 fois pendant son premier passage en détention. Ce qui n’était au départ qu’un nom dans les dossiers est redevenu un point sensible dans l’enquête publique autour du réseau Epstein, alors que deux autres femmes citées dans son accord de plaider-coupable de 2008 doivent bientôt être entendues par des législateurs américains.
Marcinko, qui a été pendant sept ans la principale petite amie d’Epstein puis l’assistante pilote de son avion privé, n’a jamais été accusée ni inculpée d’aucun crime. Mais son nom revient sans cesse dans les documents et les témoignages liés à l’affaire. Une élue au Congrès veut que les quatre femmes mentionnées dans l’accord de 2008, dont Adriana Ross et Marcinko, fassent l’objet d’une enquête malgré l’immunité accordée à l’époque. Dans un article lié à la remise sous les projecteurs de ce cercle, Nadia Marcinko, liée à Epstein par Ghislaine Maxwell, fait face à un nouvel examen.
Marcinko est aujourd’hui l’un des visages les plus dérangeants du dossier parce qu’elle se trouve au croisement de plusieurs versions incompatibles. Ses avocats disent qu’elle est « l’une des victimes d’Epstein ». Mais des filles à Palm Beach, en Floride, ont dit à la police qu’elle avait participé aux abus lorsqu’elles étaient mineures. En janvier, le ministère américain de la Justice a publié un document lourdement expurgé contenant cinq pages de témoignage qui correspondent en détail à son récit selon lequel Epstein était physiquement violent, l’étranglait et la jetait en bas d’un escalier.
Le point de départ de cette relation remonte à 2003, quand Marcinko a dit avoir rencontré Epstein à New York à 18 ans, lors d’un anniversaire organisé pour Jean-Luc Brunel. Elle a expliqué avoir travaillé pour Karin Models à Paris avant que Brunel ne l’amène aux États-Unis. Les e-mails examinés par la montrent ensuite qu’Epstein et Marcinko ont célébré le 17 septembre comme leur anniversaire pendant des années. La même enquête a trouvé des éléments suggérant qu’Epstein lui a demandé pendant longtemps de recruter d’autres femmes pour satisfaire ses désirs sexuels et qu’elle s’y est pliée. La a aussi indiqué que les échanges de courriels laissent entendre qu’ils voulaient fonder une famille ensemble.
Le dossier public reste d’autant plus explosif que Marcinko a presque disparu de la vue depuis la mort d’Epstein en prison en 2019. Deux des quatre femmes visées par l’accord de 2008, Sarah Kellen et Lesley Groff, s’apprêtent à être interrogées par des législateurs américains, et la pression monte pour que Marcinko, elle aussi, soit revue à la lumière des immunités qui ont protégé ce groupe pendant des années. Un camarade d’école primaire l’avait décrite comme très timide, « what we call šedá myška, a little grey mouse ». C’est cette image d’effacement qui contraste aujourd’hui avec la place centrale qu’elle occupe dans un des volets les plus sensibles de l’affaire Epstein.
Le contenu des dossiers, et pas seulement les noms qu’ils contiennent, explique pourquoi la question reste vive. Les registres de prison, les e-mails et les témoignages versés au fil des ans dessinent un rôle plus complexe que celui d’une simple relation personnelle, tandis que l’immunité de 2008 continue de soulever des questions sur ce qui a été protégé, et pourquoi.

