À La Haye, Khaled Mohamed Ali el Hishri a comparu pendant trois jours devant la Cour pénale internationale pour répondre à des accusations liées à son rôle à la prison de Mitiga, près de Tripoli. Mardi 19 mai, les procureurs l’ont décrit comme un « bourreau notoire » et un « ange de la mort », au cœur d’un dossier qui porte sur 17 chefs de crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
El Hishri, connu sous le surnom de « l'ange de la mort », a dirigé Mitiga de février 2015 au début de 2020. Le parquet affirme qu’il n’était pas seulement un chef de prison, mais un homme qui y régnait par la peur. Un témoin anonyme l’a présenté comme « l’un des pires instigateurs de violences » sur place, et un autre l’a appelé « l’ange de la mort ».
La gravité des accusations repose autant sur le nombre de charges que sur la description précise des méthodes évoquées par l’accusation. Nazhat Shameem Khan, du bureau du procureur, a dit qu’« une de ses méthodes de torture préférées, d’après les témoins, consistait à tirer sur les gens, notamment sur leurs jambes et leurs genoux ». Elle a ajouté qu’il avait personnellement violé, tué et torturé des détenus pour donner l’exemple aux autres gardiens. Selon le parquet, les prisonniers vivaient dans des conditions décrites comme « inimaginables ».
Un témoin a raconté que les cellules étaient si surpeuplées que certains détenus dormaient par roulement, allongés sur le côté au sol. Le parquet soutient aussi qu’El Hishri utilisait les maladies comme une arme, en plaçant des détenus dans des cellules où ils risquaient d’être infectés. La Cour pénale internationale affirme qu’un « nombre important » de personnes sont mortes sous la torture pendant sa période à la tête de Mitiga. Le rôle qu’il aurait joué dans cette prison près de Tripoli est au centre des audiences de confirmation des charges, qui doivent se poursuivre jusqu’à jeudi à La Haye.
Le dossier dépasse le seul cas d’El Hishri. Il s’agit du premier suspect à comparaître devant la Cour dans son enquête sur la Libye, ouverte en 2011 sous mandat de l’ONU. Cette enquête est née des conséquences encore ouvertes du soulèvement de 2011 soutenu par l’Otan, qui a renversé Mouammar Kadhafi et laissé le pays divisé. Aujourd’hui encore, la Libye reste partagée entre deux exécutifs parallèles: l’un à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU, l’autre à Benghazi, sous l’autorité de Khalifa Haftar, chef de l’Armée nationale libyenne.
Les juges disposent ensuite de 60 jours pour décider si l’affaire doit aller en procès. Pour El Hishri, âgé de 47 ans, cette étape dira si les accusations restent un dossier de prétoire ou deviennent un procès complet, dans l’une des affaires les plus lourdes issues de la crise libyenne.
