Au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot, en Seine-et-Marne, Léa Balage El Mariky dit avoir vu de près un système qu’elle juge à bout de souffle. Après une visite du lieu, présenté comme l’un des plus grands CRA de France, la députée a dénoncé mardi 19 mai sur franceinfo une politique d’éloignement qu’elle décrit comme « un mécanisme complètement kafkaïen ».
Son accusation est frontale: selon elle, « plus de 90% des obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont délivrées » à tort. Elle affirme que certaines personnes reçoivent une OQTF après s’être « simplement rendues à l’administration pour demander une régularisation », et que d’autres « n'ont pas obtenu un rendez-vous pour renouveler leur titre de séjour et se voient délivrer automatiquement une OQTF ». À ses yeux, la manière dont cette politique fonctionne est « dysfonctionnelle en France, c'est assez édifiant ».
Ce qu’elle dit avoir vu au Mesnil-Amelot pèse lourd dans le débat. Balage El Mariky décrit des conditions « pire qu'une prison », avec « un espace où vous n'avez que très peu d'accompagnement médical, pas d'accompagnement psychiatrique ». Elle ajoute qu’il n’y a pas d’activités, sinon « parfois vous avez un ballon en mousse pour jouer au foot et une télévision quand elle fonctionne, mais sinon vous n'avez rien ». Le centre, dit-elle, mélange des personnes condamnées, des personnes qui sortent de détention, des personnes avec des troubles psychiatriques et des personnes interpellées après un contrôle d’identité dans une gare.
Cette description intervient alors que 5 associations — Forum Réfugiés, France Terre d’Asile, Groupe SOS Solidarités, la Cimade et Solidarité Mayotte — alertent sur l’évolution des conditions de rétention. Dans leur rapport annuel, elles disent que la durée de rétention a été multipliée par deux en cinq ans, tandis que le taux d’expulsions diminue. Elles ajoutent que la majorité des personnes retenues ne sont pas renvoyées dans leur pays d’origine, en raison notamment de difficultés diplomatiques avec certains États.
Le cas de l’Algérie illustre ce blocage. Le ministère de l’Intérieur indique que 150 laissez-passer consulaires ont été délivrés par Alger depuis février, mais les associations soulignent que les retours restent très limités. Balage El Mariky va dans le même sens: selon elle, le CRA du Mesnil-Amelot n’a éloigné que 7% des personnes retenues depuis le début de l’année.
Reste une contradiction difficile à écarter: la France maintient des personnes plus longtemps en rétention, mais elles sortent souvent sans être renvoyées. Pour la députée, la conséquence est déjà visible sur place. « Forcément, les gens, au bout de 30 jours, 90 jours, ils vont mal. Ca produit énormément de souffrance pour très peu d'efficacité », a-t-elle résumé.
Entre le durcissement du placement en rétention et la faiblesse des éloignements, le Mesnil-Amelot apparaît comme le point de friction d’une politique qui promet l’exécution des décisions mais peine à les mener à terme. C’est là que se mesure, aujourd’hui, l’écart entre l’affichage et le résultat.
