Les Vert.e.s de la Broye ont rejoint plusieurs associations déjà lancées dans la bataille judiciaire contre le permis de construire de l’atelier de traitement de volaille prévu à Saint-Aubin. Leur appel porte sur un projet qu’ils jugent mal adapté au territoire, alors que la Préfecture de la Broye vient de valider les permis de construire de sept projets, dont celui de l’abattoir.
Le dossier a déjà franchi une première étape devant la justice cantonale. Le Tribunal cantonal fribourgeois a rejeté le recours de Greenpeace et d’un riverain pour empêcher l’arrivée de Micarna dans la Broye, tandis que les 1820 oppositions déposées contre le projet ont été rejetées. Mercredi passé, Greenpeace, le mouvement citoyen EcoTransition la Broye et une trentaine de riverains ont déposé ensemble un nouveau recours. Les Vert.e.s, eux, défendent leur appel séparément devant le Tribunal cantonal.
Le cœur du conflit tient à l’eau, au trafic et à l’ampleur du site. Le projet menace, selon les opposants, les réserves en eau de la région, surtout pendant les étés chauds. Vincent Beuret rappelle qu’« il y a déjà eu des restrictions dans le passé ». Et il alerte sur la pression future: « Lors des canicules, autant les agriculteurs que les particuliers doivent faire attention à leur consommation. Et on sait que les sécheresses ne vont pas disparaître, au contraire, ce sont des choses qui sont de plus en plus présentes. »
Le projet prévoit d’acheminer de l’eau depuis Corcelles-près-Payerne avec un arrangement fixé pour 10 ans. Selon Beuret, cela représenterait à lui seul 2,5 fois la consommation du village de St-Aubin. Le site d’Agrico ne dispose pas de halte ferroviaire, ce qui nourrit aussi l’opposition. Beuret estime qu’« il est vraiment absurde d’implanter un tel site sur une commune comme St-Aubin, où il n’y a même pas de train » et ajoute que « cela n’a pas été très réfléchi au niveau régional ».
Les opposants dénoncent aussi le trafic attendu. D’après l’opposition rédigée par Greenpeace, le transport des poulets ferait passer plus de 600 poids lourds par jour. À cela s’ajoute un parking de 1’600 places, dans un site appelé à accueillir plus de 700 collaborateurs en 2029 et à viser 1600 emplois à terme. Le contraste est net avec l’existant: le site de Courtepin compte environ 150 emplois actuellement. Pour Beuret, ce développement va au-delà d’un simple projet industriel. « Ce modèle d’industrie alimentaire n’a plus lieu d’être. Il va à l’encontre de tout ce pour quoi on se bat », dit-il.
Le bras de fer ne porte donc pas seulement sur un permis, mais sur le type de développement que la Broye accepte ou refuse. Après les rejets successifs des recours et des oppositions, les adversaires du projet tentent encore de faire entendre que l’abattoir prévu à Saint-Aubin ne se résume pas à une usine de plus: il pourrait aussi devenir un test pour les limites en eau, en mobilité et en aménagement régional dans une zone déjà sous pression.

