Le 13 mai, à la Quinzaine des cinéastes, Julie Bertuccelli et Zoé Wittock ont reçu le Carrosse d’or décerné à Claire Denis, et elles ont profité de la scène pour lancer un avertissement politique net: un an avant l’élection présidentielle, il faut s’engager contre l’extrême droite.
Les deux coprésidentes de la Société des réalisateurs de films ont dit vouloir répondre aux attaques venues du RN et à un discours populiste sur le financement du cinéma français. Stéphane Demoustier, délégué de la SRF pour la catégorie long métrage de fiction, était également associé à ce message de vigilance au moment où le festival met en avant les cinéastes qu’il défend.
Leur intervention intervient dans une séquence où la bataille culturelle compte autant que la bataille électorale. À un an du scrutin, la SRF veut rappeler que le débat sur l’argent public et les aides au cinéma ne se limite pas à une querelle budgétaire: il touche à la diversité des films produits en France et à la place laissée aux œuvres qui ne rentrent pas dans les logiques les plus commerciales.
Bertuccelli a résumé l’état d’esprit d’une profession qui se sent prise de vitesse: « C’est indispensable à un an des élections et au vu des attaques qui arrivent de partout, on ne peut pas attendre qu’il soit trop tard. » La formule dit la crainte d’un basculement rapide du débat, dans un climat où les critiques contre le financement du cinéma servent aussi de point d’entrée à un discours plus large contre la création et les contre-pouvoirs culturels.
La tension, pourtant, tient au fait que les garde-fous existent déjà. Selon la source, des protections sont en place pour préserver le financement et la diversité du cinéma français. Mais pour les responsables de la SRF, cela ne suffit pas à relâcher l’alerte, car la pression politique et idéologique peut encore peser sur ces équilibres si elle s’installe durablement dans la campagne qui s’annonce.
En choisissant la scène de la Quinzaine des cinéastes pour parler d’extrême droite et de financement, Bertuccelli et Wittock ont transformé une remise de prix en prise de position. Le message est clair: le cinéma français n’attendra pas la dernière minute pour défendre ses règles de financement, et il entend le faire avant que le débat électoral ne les emporte.

