L’Organisation mondiale de la santé a déclenché dimanche 17 mai son deuxième plus haut niveau d’alerte internationale pour une nouvelle flambée d’Ebola en République démocratique du Congo. L’épidémie, causée par la variante Bundibugyo, se concentre dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays.
Samedi, l’OMS avait déjà recensé 246 cas suspects et 80 décès suspects, tout en confirmant huit cas en laboratoire. L’agence a aussi signalé un cas confirmé à Kinshasa, dans l’ouest de la RDC, et un décès à Kampala, en Ouganda, chez des voyageurs récemment revenus de l’Ituri.
L’alerte la plus élevée décidée dimanche qualifie désormais la flambée d’urgence de santé publique de portée internationale. C’est un signal fort, mais il arrive alors que les chiffres continuent de monter et que les autorités sanitaires peinent à vérifier l’ampleur réelle de la propagation dans une zone où l’accès reste limité par les violences armées.
Ce décalage entre les cas recensés et ce qui peut être confirmé sur le terrain est au cœur de la crise. Africa CDC a indiqué avoir compté 88 morts probablement liées au virus parmi 336 cas suspects, un total supérieur à celui communiqué par l’OMS la veille. Les deux bilans reflètent une réalité commune: les équipes voient une transmission active, mais elles n’atteignent pas partout les malades ni les familles.
Dans la zone touchée, Isaac Nyakulinda a décrit une situation qui se dégrade depuis des jours. « Nous voyons des gens mourir depuis deux semaines », a-t-il dit. Il a ajouté qu’« il n’y a pas de lieu pour isoler les malades. Ils décèdent à domicile et leurs corps sont manipulés par les membres de leurs familles ». Dans une maladie qui se transmet par les fluides corporels ou le sang, chez une personne vivante ou morte, ce type de prise en charge augmente le risque de nouvelles contaminations.
Ebola, découvert en 1976, ne rend contagieux qu’après l’apparition des symptômes. Son incubation peut durer jusqu’à 21 jours. L’OMS le décrit comme une maladie rare mais grave, souvent mortelle chez l’être humain, avec un taux moyen de létalité d’environ 50 %. Selon l’agence, les flambées précédentes ont affiché des taux de mortalité allant de 25 % à 90 %, et le virus a causé plus de 15 000 morts en Afrique au cours des 50 dernières années.
La difficulté d’accès explique aussi pourquoi peu d’échantillons ont pu être testés en laboratoire. L’Ituri est une région riche en minerais, proche de l’Ouganda et du Soudan du Sud, où les déplacements de population sont intenses à cause de l’activité minière. Mais les routes sont fragiles. Le pont de Nizi, sur l’axe Iga Barrière-Mongbwalu, s’est effondré en novembre 2025 et n’a pas été reconstruit, compliquant encore les mouvements des équipes et des patients.
Cette flambée place désormais les autorités congolaises et leurs partenaires face à un test immédiat: contenir un virus sans vaccin ni traitement pour la variante mentionnée, alors que la mobilité régionale peut déjà transporter le risque au-delà de l’Ituri. Le prochain enjeu sera simple et brutal: savoir si les équipes peuvent atteindre les foyers assez vite pour casser la chaîne de transmission avant que le bilan ne s’alourdisse encore.

