Présenté dans la section Cannes Première à la 79e édition du Festival de Cannes, Si tu penses bien place Géraldine Nakache du côté du drame avec une histoire d’emprise conjugale qui s’étire sur six ans. Le film suit Jacques et Gil, interprétés par Niels Schneider et Monia Chokri, depuis leur rencontre à Dubaï jusqu’à leur vie en France, près de Fontainebleau.
Jacques est décrit comme un pervers narcissique. Gil, elle, reprend son travail de technicienne dans le cinéma après la naissance de leur fille, dans une maison de 300 m2 où le confort matériel ne dit rien de la violence intime qui se joue à l’intérieur. Le récit, porté par des retours en arrière, remonte six ans de vie commune en une heure trente-quatre, avec une bande-son qui inclut I’ll Stand by me, interprétée par Chrissie Hynde.
Le film démarre loin de France, à Dubaï, où Jacques et Gil se rencontrent avant de se marier devant un rabbin. Plus tard, ils s’installent près de Fontainebleau, dans un cadre qui donne au drame une apparence de stabilité. C’est là que Nakache installe son sujet: non pas une simple rupture, mais les mécanismes de contrôle et d’abus émotionnel au sein d’un couple.
Le rabbin résume la logique qui traverse le film en une phrase: « Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien ». Cette promesse de protection contraste avec ce que raconte le film, et c’est ce décalage qui fait son intérêt aujourd’hui à Cannes. Monia Chokri, qui joue Gil, était aussi la présidente du jury de la Caméra d’or à cette 79e édition, ce qui donne à sa présence une résonance particulière dans le paysage du festival.
Pour Nakache, connue jusque-là pour Nous York en 2012 et J’irai où tu iras en 2019, Si tu penses bien marque un déplacement net vers un cinéma plus grave. Le choix compte, parce qu’il signe une sortie de la comédie pour aller vers un terrain plus sec, plus frontal, où le sourire laisse place à la mécanique du pouvoir dans l’intime.
Le film ne cherche pas à résoudre son sujet par une grande explication. Il expose une relation qui se referme, puis la regarde dans le temps, par fragments, jusqu’à rendre visible ce qui se cache souvent derrière le confort et la promesse du bonheur. À Cannes, c’est ce basculement-là qui s’impose: le drame n’est pas dans ce que le couple montre au monde, mais dans ce qu’il endure à huis clos.

