Jannik Sinner a battu Daniil Medvedev 6-2, 5-7, 6-4 au tournoi de Rome, samedi, après un match étalé sur deux jours à cause de la pluie qui a interrompu la partie vendredi soir. Revenu sur le court avec un break d’avance, l’Italien a signé une 28e victoire d’affilée et s’est offert une place en finale contre Casper Ruud dimanche.
Une victoire à Rome ferait de Sinner le deuxième joueur, après Novak Djokovic, à remporter les neuf Masters 1000. Elle ferait surtout de lui le premier homme italien à gagner dans la capitale depuis Adriano Panatta, en 1976. Panatta, 75 ans, a vu le parallèle se refermer autour de lui avec une évidence presque troublante: lui qui avait remporté Rome puis Roland-Garros deux semaines plus tard cette année-là dit ne plus avoir ni le trophée de Rome ni celui de Paris, parce qu’il les a perdus. « La première chose, c’est que je serai le plus content du monde », a-t-il dit à propos de Sinner. « J’espère lui remettre les deux coupes », a-t-il ajouté.
Le poids historique de ce tournoi vient de là. Panatta reste la référence italienne pour une saison de terre battue réussie, et ses deux titres de 1976 — Rome puis Roland-Garros — encadrent aujourd’hui le possible doublé de Sinner. L’ancien champion a aussi raconté qu’il avait commencé à jouer au Foro Italico quand il avait neuf ans, en 1959, un détail qui donne à cette passerelle entre les générations une portée très personnelle.
Mais la route ne s’aligne pas parfaitement avec le récit. Sinner n’a pas encore gagné Rome, et la finale de dimanche contre Ruud reste la dernière marche avant toute projection vers Paris. Panatta distingue d’ailleurs les deux trophées: pour lui, Rome est plus sentimental, alors que Roland-Garros est plus prestigieux. Cette nuance compte, parce qu’elle rappelle qu’un même exploit peut n’avoir ni la même valeur, ni la même charge, selon l’endroit où il se joue.
Pour Sinner, la suite est simple et lourde à la fois. Une victoire dimanche prolongerait une série déjà impressionnante et l’installerait au seuil d’un chapitre réservé à très peu de joueurs. Pour l’Italie, elle rouvrirait une ligne interrompue depuis 1976, celle d’un champion local capable de faire de Rome le début d’une conquête plus vaste. Et pour Panatta, elle offrirait peut-être enfin le moment qu’il dit attendre: pouvoir s’avancer vers Sinner et lui dire, en français, « Ciao, comment ça va ? » avant de lui remettre ce qu’il n’a plus.

