Les Sabres de Buffalo arrivent au match de ce soir contre le Canadien de Montréal avec la série égale 2-2, et une victoire les placerait à un seul gain d’atteindre l’étape décisive samedi soir si tout tourne bien jeudi. Pour une équipe qui a passé une grande partie de la saison à bricoler devant son filet, le moment ne pourrait pas être plus lourd.
Buffalo a traversé l’année avec une approche à trois gardiens, et ce n’était pas un choix théorique. Les Sabres avaient amené huit gardiens au camp d’entraînement, dont quatre avec de l’expérience dans la LNH. Alexandar Georgiev, qui avait été All-Star il y a deux saisons, a été libéré de son contrat et est parti dans la KHL. Colten Ellis a été réclamé au ballotage par le directeur général Kevyn Adams, puis Buffalo a offert à Alex Lyon une entente de plusieurs saisons, tandis que Devon Levi devait retourner aux Americans de Rochester. Au fil de la saison, Ukko-Pekka Luukkonen, Lyon et Ellis ont tous manqué du temps, et Buffalo a fini par utiliser trois gardiens sur l’ensemble de la campagne.
Cette gestion a parfois fini par devenir un avantage. À un moment, les Sabres ont enchaîné 25 matchs sans qu’un gardien obtienne deux départs consécutifs, et ils ont tout de même signé une fiche de 18-4-3 pendant cette séquence. Sur l’ensemble de la saison, ce va-et-vient a occupé près de 30 pour cent du calendrier. Ce soir, ce passé compte parce que la marge entre survivre dans la série et perdre le contrôle est minuscule. Le Canadien a de son côté trouvé en Jakub Dobes le meilleur gardien de la série jusqu’ici, avec un rendement de 7.17 en buts sauvés au-dessus des attentes à 5 contre 5, et il est devenu le MVP montréalais des séries pour l’instant.
Le portrait de Buffalo devant le filet a aussi été plus fragile que les chiffres de saison régulière ne le laissent croire. Lyon a commencé fort dans le match 1 contre Montréal, puis a accordé neuf buts lors de ses deux sorties suivantes, avec un GSAx de moins-1.83 à 5 contre 5 sur cette séquence. Luukkonen, lui, a répondu avec un GSAx de 1.06 dans un match 4 serré. Après le match 5, Lindy Ruff a résumé le calcul sans détour: les arrêts sont ceux qui font lever le banc, ils changent les matchs, et à cette période de l’année il faut de gros arrêts. Il a ajouté que le jeu de puissance adverse était bien tenu, mais qu’une grande part du travail en infériorité numérique venait d’un arrêt au bon moment, et que son gardien en avait fourni probablement trois ou quatre à des moments clés.
Reste la contradiction qui plane sur cette série: Buffalo a bâti sa saison sur l’idée qu’il pouvait survivre au chaos dans le but, mais ce soir-là contre Montréal, il a besoin d’un match propre, d’un gardien qui efface les erreurs, et d’un rendement assez stable pour transformer un simple match 5 de série égale en porte ouverte vers la fin de semaine. Dans une série à 2-2, ce n’est plus une expérience de gestion. C’est une question de réponse immédiate.

