Flavie Flament dit que son fils Antoine l’a peu à peu aidée à changer de regard sur la photographie. Mercredi 13 mai, la journaliste a expliqué qu’elle n’avait pas fait le lien quand il lui avait annoncé vouloir devenir photographe, alors même que son histoire avec cet art restait liée à David Hamilton, qu’elle avait accusé en 2016 de l’avoir violée à l’âge de 13 ans.
« Quand il m'en a parlé, je n'ai pas fait le lien avec ce que j'avais vécu », a-t-elle confié à Gala. Elle a ajouté: « Aussi étonnant que cela puisse paraître, mais pour moi, Antoine, c'est Antoine, et Hamilton, c'est surtout un drame ». Flament a aussi dit qu’elle avait compris ce changement en travaillant avec son fils, au point de mesurer que son rapport à la photo avait toujours été contrarié.
Le poids de ce passé explique la force de ses mots. Dans son livre La Consolation, Flament avait d’abord évoqué l’agression sans nommer l’homme qu’elle accusait. Puis, le 18 novembre 2016, elle avait confirmé l’identité du photographe dans un entretien avec L'Obs. À ce moment-là, la séquence avait pris une autre dimension, mêlant récit personnel, exposition publique et bataille judiciaire et morale autour de David Hamilton.
La suite a été brutalement interrompue une semaine plus tard. Le 25 novembre 2016, Europe 1 a annoncé la mort de Hamilton, retrouvé inconscient par un voisin dans son appartement du 6e arrondissement de Paris. Les secours, arrivés rapidement, ont constaté son décès vers 21h30 après un arrêt cardiaque. Selon une source AFP, des médicaments avaient été trouvés près de son corps, et les autorités privilégiaient la piste du suicide.
Karina Hocine avait alors dit à AFP que Flament était « dévastée » après l’annonce de cette mort. L’une n’effaçait pas l’autre: l’accusation, la défense de son récit et la disparition du photographe ont figé cette affaire dans une forme de blocage, alors que la parole de Flament se construisait déjà autour d’une reconstruction plus intime.
C’est là que le rôle d’Antoine prend tout son sens. Flament a dit qu’elle travaille surtout avec lui parce qu’il a du talent, mais aussi parce qu’il la rend sereine et enjouée. Le fils, devenu photographe, a dit ne pas connaître l’histoire de sa mère au moment où il s’est tourné vers ce métier. Pour Flament, cette ignorance a compté autant que le hasard apparent du choix d’Antoine.
Elle l’a résumé avec des mots qui disent plus qu’une simple évolution familiale: « Antoine m'a ouvert un chemin que je n'avais pas envisagé: celui de l'apaisement, de la sécurité. C'est pour cela aussi que je travaille surtout avec lui. Il a beaucoup de talent, mais il me permet aussi d'être sereine, enjouée. Ce n'est plus une corvée et ça ne réveille plus rien ». Autrement dit, la photographie n’est plus seulement le lieu du traumatisme. Avec son fils, elle est devenue un espace qu’elle peut à nouveau habiter.

