Le parquet général de la cour d’appel de Paris a requis la réouverture des investigations visant Luc Besson, après le versement au dossier d’analyses ADN ajoutées par Sand Van Roy quatre ans et demi après le non-lieu. L’affaire doit être examinée le 2 juin par la chambre de l’instruction.
Le réalisateur est accusé de viol par l’actrice, qui a déposé plainte le 18 mai 2018, quelques heures après une rencontre dans un palace parisien au cours de laquelle les deux protagonistes ont livré des versions différentes. Sand Van Roy dit que Luc Besson lui a imposé une pénétration digitale et qu’elle a perdu connaissance. Les analyses produites dans le dossier ont été réalisées sur une culotte appartenant à la plaignante par un laboratoire néerlandais.
Dans ses réquisitions du 3 février, le parquet général a estimé que ces analyses pouvaient constituer « un élément nouveau susceptible de caractériser des charges nouvelles (...) justifiant la réouverture de l'information en vue de nouvelles investigations ». Il a aussi précisé que « les éléments nouveaux concernent uniquement le non-lieu » rendu sur les faits de viol du 18 mai 2018.
Le dossier avait pourtant déjà été refermé à quatre reprises. La procédure s’était terminée par un non-lieu le 8 décembre 2021, confirmé par la chambre de l’instruction le 24 mai 2022, puis par une décision de non-admission du pourvoi de la Cour de cassation le 21 juin 2023. Avant cela, l’affaire avait aussi été classée sans suite le 25 février 2019. Pour la justice, ces décisions avaient mis fin aux poursuites, mais l’arrivée des analyses ADN change la donne procédurale.
Pour la défense, rien ne justifie de rouvrir le dossier. Me Thierry Marembert a indiqué qu’il attendait la décision de la chambre de l’instruction et a refusé tout commentaire. Il a aussi rappelé que Luc Besson et Sand Van Roy avaient entretenu une relation pendant plusieurs années et que la justice s’était prononcée à quatre reprises en concluant à l’innocence du cinéaste. De son côté, Me Antoine Gitton, avocat de Sand Van Roy, affirme que « l’ADN du mis en cause a été formellement retrouvé sur la partie postérieure » et parle d’« un fait matériel capital ignoré ».
La chambre de l’instruction dira donc le 2 juin si le dossier repart pour de nouvelles investigations ou si le non-lieu reste intact. Dans une affaire devenue l’un des dossiers emblématiques de MeToo en France, la question n’est plus seulement celle des accusations initiales, mais celle de savoir si les éléments scientifiques déposés trop tard peuvent, à eux seuls, rouvrir un dossier déjà clos trois fois par la justice.
