Le chef du Service de police de Montréal, Fady Dagher, a suspendu deux policiers d’une unité de patrouille de Montréal-Nord et a réaffecté ou relocalisé 14 autres vendredi soir, dans le cadre d’une enquête interne sur des allégations de racisme. Il a fait l’annonce à 22 h 30, après que les mesures eurent été imposées plus tôt dans la soirée.
Le moment compte parce que l’enquête, ouverte en mars après des informations sur un comportement jugé inacceptable au sein d’une équipe basée au poste 39, entre maintenant dans une phase publique et disciplinaire. Un seul dossier a aussi été transmis aux procureurs du Québec, ce qui place le cas sur une trajectoire qui dépasse la seule gestion interne du corps policier.
Les enquêteurs examinent des accusations selon lesquelles des personnes noires et des personnes d’origine arabe auraient été visées de façon disproportionnée dans des quartiers diversifiés de l’arrondissement. Les policiers sous surveillance seraient surtout de jeunes constables, des hommes, comptant trois à quatre ans d’expérience. Dans ce contexte, Dagher a répété que le racisme, la discrimination et tout autre comportement inacceptable ne sont pas tolérés au sein de l’organisation.
C’est précisément là que l’affaire se complique. L’enquête porte sur des allégations de propos racistes et de conduite raciste attribuées à des policiers, et des témoignages recueillis pendant le processus évoquent des remarques racistes. Selon des reportages de La Presse et de Radio-Canada, des membres du groupe auraient aussi conservé des morceaux de locs coupés à des hommes interpellés comme des trophées. Vendredi soir, Dagher a refusé de confirmer ou d’infirmer cette allégation.
La maire de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a dit avoir été informée de la situation par le chef de police et a indiqué avoir immédiatement contacté le ministre de la Sécurité publique. Elle a ajouté vouloir travailler avec lui pour accélérer la mise en place de caméras corporelles au sein du Service de police de Montréal, tout en affirmant que toute forme de profilage racial ou de violence est inacceptable. De son côté, Ian Lafrenière a qualifié les allégations de « complètement inacceptables et choquantes », en disant que ce qui le rassurait était que des policiers eux-mêmes avaient signalé ces agissements.
Le dossier est maintenant entre les mains du Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec, qui l’examine. La question qui demeure est simple et lourde à la fois: quels gestes précis les procureurs retiendront-ils, et des accusations criminelles découleront-elles de ce que l’enquête interne a mis au jour?

