En 2007, Louise Arbour a accepté de monter sur une scène à Téhéran aux côtés de Mahmoud Ahmadinejad, au moment même où la diplomate canadienne était appelée à parler des droits humains devant un groupe d’envergure internationale. À l’époque, elle était la haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme et l’une des oratrices principales d’une réunion de haut niveau du Mouvement des non-alignés.
Ce nom revient aujourd’hui parce que cette apparition à Téhéran éclaire le type de mission qu’occupait alors Louise Arbour: une personnalité canadienne déjà connue pour avoir choisi les dossiers les plus sensibles. John Mundy, qui l’a rencontrée dans la capitale iranienne en 2007 alors qu’il servait comme ambassadeur du Canada en Iran, dit qu’elle n’était « pas étrangère aux affectations difficiles » et qu’elle prenait « un risque professionnel » en venant en Iran, tout en ayant « la stature internationale pour y parvenir ».
Cette stature ne s’était pas construite à Téhéran. Elle venait de la fin des années 1990, quand le Conseil de sécurité de l’ONU l’avait nommée procureure en chef du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et pour le Rwanda. Elle avait alors poursuivi Jean Kambanda, devenu en 1998 la première personne à plaider coupable de génocide, puis avait inculpé Slobodan Milošević en 1999 pour crimes contre l’humanité. Plus tard la même année, le premier ministre Jean Chrétien l’a nommée à la Cour suprême du Canada avant qu’elle ne quitte ce poste en 2004 pour revenir sur la scène internationale comme haute-commissaire aux droits de l’homme.
À Téhéran, le décor était loin d’être neutre. La réunion du Mouvement des non-alignés devait porter sur les droits humains et la diversité culturelle, avec plus de 50 ministres des affaires étrangères et quelque 100 délégations officielles. Mais sa présence a aussi été chargée politiquement: Arbour avait été accusée d’être anti-israélienne après avoir averti Israël, en 2006, contre de possibles atteintes aux droits humains pendant la guerre du Liban, et le gouvernement iranien n’avait pas accueilli cette critique avec calme. Elle devait encore partager le podium avec Ahmadinejad, ce qui donnait à sa prise de parole une portée diplomatique plus large que le seul discours prévu.
Mundy, qui dit avoir été le dernier ambassadeur du Canada en Iran avant d’être expulsé en 2007, voit dans cet épisode une preuve de la manière dont Arbour travaillait: au plus près des sujets qui divisent, sans éviter les scènes où une prise de parole peut devenir un test politique. Ce qui manque encore, ce sont ses mots précis à Téhéran et la manière dont ils ont été reçus dans la salle comme à l’extérieur.

