La réserve liquide du Fonds souverain russe est tombée à 48 milliards de dollars début juin 2026, contre 112 milliards au moment de l’invasion de l’Ukraine en février 2022. En un peu plus de quatre ans, Moscou a donc perdu 64 milliards de dollars dans la partie la plus mobilisable de son matelas financier, au moment où la guerre continue d’absorber les finances publiques.
Le moment compte parce qu’il arrive alors que Vladimir Poutine a voulu donner une image de confiance à Moscou, le 21 janvier 2026, en présidant par vidéoconférence une réunion du gouvernement et en présentant le Forum économique international de Saint-Pétersbourg comme le « Davos de l’Eurasie ». Le forum a ouvert la veille, quelques heures après que plusieurs drones ukrainiens ont frappé des infrastructures pétrolières près de Saint-Pétersbourg, rappelant que les revenus énergétiques restent exposés jusque sur le sol russe.
Ce fonds, aussi appelé Fonds national de richesse ou Fonds national de bien-être, est alimenté par les recettes des exportations d’hydrocarbures et sert de réserve centrale pour l’État. Au début de l’invasion, il valait environ 175 milliards de dollars, dont 112 milliards en liquidités. La chute de la partie disponible montre que le coussin budgétaire s’est nettement amincit alors que les sanctions et la fin des achats européens de pétrole et de gaz russes ont changé la base de financement du régime.
La contradiction saute aux yeux dans les comptes. Le budget fédéral russe repose sur un prix du pétrole d’environ 59 dollars le baril, et les gains au-dessus de ce niveau devraient normalement alimenter le fonds. Or le pétrole a récemment évolué entre 90 et 100 dollars le baril, ce qui aurait pu générer un surplus estimé entre 50 et 70 milliards de dollars si ces niveaux se maintenaient. Mais ces recettes supplémentaires servent surtout à combler un déficit budgétaire gonflé par plus de trois ans de guerre. Elles ralentissent l’érosion du fonds sans vraiment le recharger.
Le tableau est d’autant plus lourd que la croissance de 2023 et 2024 a été portée par une économie de guerre, avant que les premiers signes de ralentissement n’apparaissent en 2025. Des économistes avaient déjà averti un an plus tôt que les réserves disponibles du fonds pourraient être épuisées d’ici la fin de 2026. La question qui reste n’est pas seulement celle du niveau de réserve, mais celle du moment où l’État russe devra soutenir son budget et financer la guerre avec beaucoup moins de marge de manœuvre qu’au début du conflit.

