Moisson Beauce et l’UPA de Chaudière-Appalaches ont lancé « Viande solidaire », un programme qui redirige vers les familles et les personnes dans le besoin la viande d’animaux d’élevage fragilisés. L’initiative vise des bêtes qui ne répondent pas aux critères de l’industrie, alors qu’elles sont d’ordinaire euthanasiées aux frais de leurs propriétaires.
Le lancement arrive au moment où l’organisme cherche à combler un manque bien réel. Moisson Beauce aide 6 300 personnes par mois, mais elle ne répond qu’à 40 % de la demande en viande et dit manquer d’environ 75 000 kilos par année. Dans ce contexte, chaque nouvelle source d’approvisionnement compte, surtout quand la pression sur les stocks augmente d’une année à l’autre.
Le projet n’est pas parti de zéro. Cet hiver, un essai a permis de récupérer 60 porcs et 2 vaches laitières pour tester la chaîne, de la ferme jusqu’à la distribution. À l’arrivée, la viande est emballée, étiquetée puis acheminée dans le réseau de Moisson Beauce en Chaudière-Appalaches, avec l’idée de transformer un rebut du marché régulier en nourriture utile.
À La ferme Loulou, à Saint-Joseph-des-Érables, Vincent Lessard a donné un porc qui boite et ne respecte pas les critères de mise en marché. Pour lui, ce type d’animal représente une perte inévitable, mais aussi une possibilité nouvelle. Le producteur reçoit un reçu pour l’impôt et une compensation pour le transport vers l’un des deux abattoirs certifiés de la région, ce qui change le calcul pour des éleveurs qui doivent parfois payer pour faire disparaître ces bêtes.
Marie Champagne résume le virage d’une formule: « C’est un partenariat gagnant-gagnant ». En 2026, elle dit que le nombre de personnes aidées a augmenté de 8 % en un an, tandis que l’approvisionnement a reculé de 8 %. L’écart se creuse, et c’est précisément là que « Viande solidaire » veut s’installer.
Reste la question de l’ampleur réelle du programme. Moisson Beauce cherche de nouveaux producteurs prêts à participer, mais ne dit pas encore combien répondront à l’appel ni quelle quantité de viande le dispositif pourra fournir à terme. Pour l’instant, le lancement répond à un besoin urgent; la suite dira s’il peut devenir une source durable pour un réseau alimentaire déjà sous pression.
