Le 31 mai 2006, fumer dans les bars et les restaurants est devenu interdit au Québec et en Ontario. Vingt ans plus tard jour pour jour, cette décision revient au premier plan parce qu’elle a marqué un virage net dans les habitudes des fumeurs et dans la façon de penser les lieux publics.
À l’époque, l’objectif du gouvernement québécois était clair: réduire le tabagisme et protéger les non-fumeurs de la fumée secondaire. Le sujet divisait pourtant fortement. Une citoyenne résumait le rejet que la mesure suscitait chez certains: « Ça devrait être au choix du propriétaire. Tu as un bar fumeur ou non-fumeur. Je trouve ça bien stupide. » D’autres y voyaient au contraire une protection attendue, comme cette autre personne qui disait: « la cigarette, c’est ce qu’il y a de plus dégueulasse. [...] Je ne fume pas, donc je n’ai pas à endurer la fumée. »
Le débat se déroulait alors dans un pays où le tabac restait très présent. En 2020, 22,3 % de la population mondiale consommait du tabac, avec 36,7 % d’hommes parmi les consommateurs et 7,8 % de femmes. Au Québec, la proportion des 15 ans et plus qui fumaient est passée en vingt ans d’environ 25 % à environ 11 %, un recul qui donne du poids à la mesure adoptée en 2006.
Pour mesurer l’effet réel de l’interdiction, l’INSPQ a sondé des fumeurs et des personnes qui venaient d’abandonner la cigarette un mois avant son entrée en vigueur, puis environ un an et demi plus tard. Les participants devaient dire à quelle fréquence ils fréquentaient divers lieux, dont les bars et les restaurants, et combien de cigarettes ils y fumaient. Le constat a été rapide: les fumeurs ont continué de se rendre dans ces établissements après l’interdiction, mais leurs habitudes ont changé. Dans les restaurants, la moitié d’entre eux ne fumaient plus du tout lorsqu’ils y allaient.
Le détail compte, parce qu’il montre qu’une règle annoncée pour protéger les non-fumeurs n’a pas seulement déplacé un geste privé; elle a modifié un rituel social qui paraissait intouchable. La veille même de l’entrée en vigueur, Bernard Derome ouvrait le Téléjournal en rappelant que « la fumée de cigarette et bars avaient toujours été intimement liés », formule qui disait bien à quel point la rupture était inattendue pour plusieurs.
Ce qui manque encore, c’est le bilan concret sur le terrain: combien de bars et de restaurants ont changé leurs pratiques, et comment la loi a été appliquée au quotidien. Mais sur le fond, le résultat est déjà lisible vingt ans plus tard: le Québec a imposé une norme contestée, et cette norme a tenu assez longtemps pour accompagner une baisse durable du tabagisme.
