Kane Parsons voit désormais son idée d’horreur passer du flux YouTube au grand écran. Backrooms, son premier long métrage, est porté par A24 comme une sortie en salles, avec Chiwetel Ejiofor au casting.
C’est le genre de bascule que les internautes repèrent tout de suite: un mot-clé né en ligne se retrouve soudain associé à une production de studio. Parsons n’avait que 16 ans en 2022 lorsqu’il a réalisé The Backrooms (Found Footage) avec un logiciel d’animation 3D. La vidéo a accumulé 78 millions de vues et a lancé une série où des scientifiques tentent d’explorer les Backrooms sans s’y perdre eux-mêmes, ce qui a installé le projet bien au-delà d’un simple court clip d’angoisse.
L’intérêt pour ce monde vient d’une idée plus ancienne que le film lui-même. En 1909, l’anthropologue Arnold van Gennep a décrit la liminalité pour parler de l’incertitude des passages de rite. En 2019, des utilisateurs de 4chan ont publié des photos d’espaces liminaires, comme des halls d’aéroport vides, des couloirs sans fenêtres ou des centres commerciaux abandonnés, puis un utilisateur anonyme a imaginé une réalité où ces lieux se prolongent à l’infini et l’a baptisée Backrooms. Le concept a pris parce qu’il mélangeait familiarité et malaise, une recette idéale pour Internet.
Le point délicat, pourtant, est là: Backrooms est présenté comme un film de cinéma alors que son attrait initial venait d’un univers d’horreur collectif, construit par des utilisateurs anonymes et nourri par une logique participative. Le monde imaginé par Parsons s’inscrit dans cette tradition, mais l’emballage A24 le fait entrer dans un cadre plus fermé, plus commercial, où l’on sait au moins qu’il y aura une version définitive de l’histoire. C’est précisément ce passage qui rappelle Slender Man, créé en 2009 par Eric Knudsen sur le forum Something Awful, ensuite repris dans Marble Hornets puis poussé jusqu’à un film ayant rapporté 51,7 millions de dollars dans le monde.
Ce qui compte maintenant, c’est moins l’existence du film que la manière dont il arbitrera entre fidélité et recomposition. Le vrai test pour Parsons n’est pas seulement de faire exister Backrooms en salle, mais de voir si une idée née dans le désordre du web peut garder cette étrangeté ouverte une fois qu’elle porte le logo d’un studio.

