Benoit McGinnis a dévoilé sa première saison comme directeur artistique du Rideau Vert et il l’ouvrira le 23 septembre en montant sur scène dans Cyrano de Bergerac. Pour lancer la 78e saison de cette institution montréalaise, il a choisi un rôle qu’il décrit lui-même comme un contre-emploi, dans une programmation qui met de l’avant de grands interprètes et des œuvres du répertoire québécois et international.
Le nom d’éric Bruneau circule aussi dans cette saison parce que McGinnis a pris un café avec lui avant l’annonce et lui a demandé ce qu’il aimerait jouer; l’acteur a choisi Le Dieu du carnage de Yasmina Reza, qui sera dirigé par Serge Denoncourt. La distribution réunira aussi Marilyn Castonguay, Patrick Hivon et Julie Le Breton, ce qui confirme l’orientation de la saison vers des têtes d’affiche capables de porter des classiques devant une salle déjà attentive au passage de relais au Rideau Vert.
Le geste le plus symbolique reste pourtant celui de Cyrano de Bergerac. McGinnis dit avoir proposé la pièce dans sa candidature pour succéder à Denise Filiatrault, puis l’avoir retenue comme façon de dire bienvenue au public. Il parle d’un « anticasting »: le rôle est souvent associé à de très fortes présences physiques, alors qu’il dit s’intéresser surtout à l’humanité du trio formé par Cyrano, Christian et Roxane. La version sera raccourcie et confiée à René Richard Cyr, avec Charlotte Aubin en Roxane et Justin Simon, diplômé de la cohorte 2024 de l’École nationale, en Christian.
Cette logique se prolonge ailleurs dans la saison. Motel Hélène reviendra pour son 30e anniversaire de création, avec Anne-Élisabeth Bossé dans le rôle de Johanne et Olivier Arteau à la mise en scène pour une première au Rideau Vert. McGinnis dit avoir lui-même appelé Bossé après avoir pensé au projet, puis avoir vu naître autour d’elle la proposition d’Arteau, qui entre ainsi dans la maison.
Le même mélange de fidélité et de déplacement traverse Hedda Gabler, que Sophie Cadieux dit observer avec fascination depuis 10 à 15 ans. Elle la montera en janvier 2027 avec Rachel Graton dans le rôle-titre, à partir de la version contemporaine de Patrick Marber, traduite par Fanny Britt; McGinnis insiste d’ailleurs sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une réécriture, mais bien de l’œuvre d’Ibsen relue avec la couleur d’aujourd’hui. La saison fera aussi revenir Revue et corrigée, confiée à Léane Labrèche-Dor, tandis qu’Élise Guilbault remontera sur les planches après 15 ans d’absence, un signal fort pour une programmation qui veut s’appuyer sur des présences marquantes plutôt que sur des paris anonymes.
Le Rideau Vert mise donc sur des noms capables de faire événement autant que sur des textes qui ont déjà traversé le temps. Cyrano de Bergerac ouvrira la marche le 23 septembre; après cela, le calendrier mènera notamment à Hedda Gabler en janvier 2027, et c’est là que se jouera la vraie lecture de cette première saison: non seulement ce que McGinnis programme, mais la manière dont il entend définir la signature artistique du théâtre qu’il prend en main.

