Un rapport de FairSquare accuse des ouvriers népalais employés sur des projets liés à Aramco d’avoir été contraints de travailler de longues heures sous une chaleur extrême, dans des logements jugés dangereux et sans repos ni nourriture suffisants. Le document décrit aussi des cas où des travailleurs blessés, voire morts, auraient été privés d’une compensation adéquate.
Selon les témoignages recueillis, certains travailleurs ont été forcés d’effectuer entre 12 et 14 heures de travail par jour, alors que les températures dépassaient 50 degrés Celsius. Sur le projet Marjan Increment d’Aramco, d’une valeur de 21 milliards de dollars, des ouvriers disent que la chaleur de juin et juillet franchissait régulièrement ce seuil, rendant les journées de chantier presque impossibles à supporter.
Kamal, un travailleur népalais, a raconté être arrivé en Arabie saoudite en 2023 après avoir payé 150 000 roupies, convaincu qu’il travaillerait dans un hôtel. À la place, il a été affecté à un chantier de construction lié à une usine de gaz d’Aramco. Il dit que son passeport a été confisqué dès son arrivée, puis qu’il a été obligé de travailler jusqu’à 12 heures par jour sous le soleil brûlant. Il dit aussi avoir vu plusieurs collègues s’effondrer sur le site avant de quitter le pays après 10 mois.
Un autre travailleur, originaire de Jizan, a déclaré qu’un de ses collègues s’était effondré en marchant, et que les ouvriers qui perdaient connaissance restaient souvent sans aide dans leurs chambres. Prasad, qui dit avoir passé 13 ans sur un projet de pipeline lié à une usine de gaz à Dammam, affirme pour sa part que les responsables de sécurité demandaient aux ouvriers de faire une pause de 15 minutes après une heure de travail, mais que les contremaîtres les forçaient à continuer. Il dit que sa santé s’est dégradée au fil des années passées sous cette chaleur et qu’il a développé une maladie rénale.
Le rapport met en lumière une chaîne de sous-traitance qui, selon FairSquare, brouille les responsabilités et complique les recours en cas d’exploitation. Aramco, géant pétrolier public saoudien, figure parmi les quatre plus grandes entreprises mondiales par chiffre d’affaires, contrôle les deuxièmes plus grandes réserves prouvées de brut au monde et est le premier exportateur mondial de pétrole. Près de 98 % du groupe appartient au gouvernement saoudien et au Fonds d’investissement public, tandis que ses revenus pétroliers représentent presque les deux tiers des recettes de l’État. Le rapport indique que les travailleurs sont recrutés par l’intermédiaire de couches successives de sous-traitants, au sein d’un réseau qui compterait plus de 10 000 fournisseurs en Arabie saoudite.
Pour les familles népalaises qui envoient leurs proches dans le Golfe avec l’espoir d’un salaire stable, le dossier ne décrit pas seulement des excès isolés. Il montre un système où la promesse d’un emploi sûr peut basculer en travail forcé, en abandon médical et en absence de réparation, précisément là où l’industrie saoudienne dépend le plus de cette main-d’œuvre étrangère.

