Le 20 mai, à Cannes, Bertrand Mandico a projeté Roma Elastica lors d’une séance de minuit en sélection officielle. Dans ce film situé en 1982, Marion Cotillard incarne Eddie Mars, star hollywoodienne qui approche de ses 50 ans et reçoit d’un médecin le diagnostic d’une mauvaise tumeur. Une offre de tournage à Rome lui parvient au même moment. « Ça pourrait me faire du bien », dit Eddie Mars, comme si l’Italie pouvait encore lui redonner de l’air.
Face à elle, Valentina, jouée par Noémie Merlant, tient à la fois le rôle de confidente, de maquilleuse et de garde du corps. Cette relation structure un récit qui place le corps, l’image et la peur de l’effacement au centre du cadre. Le film se déroule dans une Rome de 1982, à Cinecittà, alors décrite comme entrant en déclin sous l’effet de la télévision, de la vulgarité et du cynisme. Loin de la Rome mythique associée à Fellini, Mandico choisit un décor en train de se fissurer, où le cinéma n’est plus un royaume mais un lieu qui vacille.
Ce choix arrive au quatrième passage de Mandico à Cannes. Il a rappelé que Boro in the Box avait été retenu à la Quinzaine des cinéastes, qu’Ultra Pulpe avait été montré à la Semaine de la critique et que Conann était revenu à la Quinzaine des cinéastes. Le cinéaste a aussi expliqué que Les garçons sauvages, After Blue (Paradis Sale) et Conann formaient un cycle, et que Roma Elastica devait lui permettre d’entrer plus nettement dans les années 1980 et en Italie. Son intention était simple: faire le portrait d’une actrice.
Le titre lui-même dit déjà le reste. Roma Elastica n’est pas une visite postale de la ville, mais un film sur la matière qui se tend, se déforme et résiste avant de céder. Mandico s’intéresse à ce moment précis où une star doit encore tenir son image alors que le temps, la maladie et l’industrie commencent à la travailler de l’intérieur. L’interprétation de Cotillard donne à Eddie Mars une présence à la fois souveraine et fragile, tandis que Merlant lui offre un contrechamp de proximité, de soin et de protection. Ensemble, elles font exister un cinéma où la gloire n’efface pas la menace.
Mandico a dit à propos de sa présence cannoise: « C’est mon quatrième film à Cannes », avant de préciser à propos de cette sélection officielle: « Oui – enfin il est en sélection officielle, pas en compétition. Donc pas de médaille pour moi à l’arrivée ! » La formule dit l’écart entre l’honneur de revenir à Cannes et l’absence de course aux prix. Mais elle dit surtout la place qu’occupe désormais Roma Elastica dans son travail: celle d’un film qui prolonge une vision cohérente du désir, du corps féminin et des formes du cinéma, tout en la déplaçant vers une Rome de 1982 où Cinecittà commence déjà à perdre sa lumière.

