Jannik Sinner a remporté Monte-Carlo dimanche, en battant Carlos Alcaraz, et il s’est réveillé lundi matin avec un trophée de plus, une soirée de fête en moins et le sentiment d’avoir franchi un nouveau cap. À 24 ans, l’Italien a décroché son premier grand titre sur terre battue et a repris à Alcaraz la place de numéro un mondial, au terme d’un tournoi qui prolonge sa série victorieuse sur le circuit majeur.
« Je n’ai pas dormi. J’ai fait la fête », a dit Sinner lundi matin, interrogé à l’Hôtel Métropole de Monaco au lendemain de son succès. Le constat dit autant la fatigue d’une nuit courte que le poids du moment. Monte-Carlo est son quatrième Masters 1000 d’affilée, après Paris, Indian Wells et Miami, une continuité qui installe l’Italien dans la saison comme l’un des hommes à battre, sur toutes les surfaces ou presque.
Ce retour au sommet a une portée particulière parce qu’il s’inscrit dans un duel désormais central avec Alcaraz. Il y a moins d’un an, Sinner avait perdu la finale de Roland-Garros face à l’Espagnol. En novembre, il avait déjà cédé la place de numéro un mondial à son rival. Cette fois, c’est lui qui a pris le dessus à Monte-Carlo, et pas seulement dans le tableau d’affichage. Il a aussi rappelé qu’il pouvait gagner loin de ses repères habituels, sur une terre battue où il n’avait encore jamais décroché de titre majeur.
Le succès de dimanche n’est pas tombé du ciel. Le 3 mai, Sinner avait déjà dominé Alexander Zverev en finale à Madrid, 6-1, 6-2. Avant cela, Joao Fonseca l’avait poussé à deux jeux décisifs à Indian Wells, avant de céder. La série dit quelque chose de la constance de l’Italien, mais aussi de sa manière de gagner: sans emballement visible, avec une maîtrise qui peut donner l’impression d’un joueur fermé. Lui s’en défend. « J’ai cette image d’un joueur qui n’a pas d’émotions, concède-t-il, mais c’est parce que je suis très concentré sur ce que j’ai à faire », a-t-il expliqué. « Seulement, j’essaye de ne pas le montrer à mes adversaires. »
Sinner refuse d’ailleurs de voir dans cette réputation un reproche. « Je ne trouve pas que le terme soit péjoratif, répond Sinner. C’est comme ça que je fonctionne. » Son idée du tennis tient dans une précision presque comptable: « J’essaye toujours d’être le plus précis possible, de jouer le bon coup au bon moment, et ça demande d’être en très bonne forme physique et mentale. » Cette logique, plus que l’exubérance, le porte depuis le début de la saison et explique pourquoi il est allé jusqu’au bout à Monte-Carlo après Paris, Indian Wells et Miami.
Reste une nuance qui empêche de transformer ce sacre en simple démonstration. Sinner a battu Alcaraz au bon moment, mais il sort aussi d’une saison où l’équilibre entre les deux hommes reste fragile. L’Italien a perdu la finale de Roland-Garros moins d’un an plus tôt, et il a déjà connu l’allure d’un numéro un qui peut être dépossédé. Son retour au sommet dit donc sa forme du moment, mais aussi l’instabilité d’une rivalité qui peut basculer très vite d’un tournoi à l’autre. À présent, c’est à Alcaraz de répondre, et à Sinner de prouver que Monte-Carlo n’était pas un sommet isolé mais le début d’une autorité plus durable.

