À 21h10, France 3 diffuse 1936, le Front populaire, un documentaire de Fabien Béziat et Hugues Nancy qui revient sur le grand moment politique et social de mai 1936. En utilisant des archives colorisées, le film replonge dans ce qui reste, pour la gauche française, une parenthèse presque mythique: la victoire du front populaire, suivie d’une série de conquêtes qui ont durablement changé la vie des salariés.
Le film rappelle que ce mouvement a été associé à la semaine de 40 heures, aux hausses de salaires, à la création des délégués du personnel, aux conventions collectives et aux premiers congés payés. L’histoire qu’il raconte ne se résume pas à une victoire électorale. Elle commence plus tôt, en 1934, quand communistes et socialistes commencent à se rapprocher à la base après l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne et l’émeute des ligues d’extrême droite du 6 février 1934 à Paris. Le 12 février, lors d’une manifestation unitaire, Léon Blum lance: « La réaction ne passera pas ! »
Ce basculement politique ne vient pas seulement d’un mot d’ordre. Il s’inscrit dans un moment de crise économique et sociale, avec la montée de la menace fasciste en Europe. Plus tard, Staline abandonne la doctrine de « classe contre classe » et ordonne au PC de Maurice Thorez de s’allier à la SFIO et au Parti radical. La victoire de mai 1936 ouvre alors une séquence d’une intensité rare: une grève générale suit les élections, puis les employeurs cèdent lors des négociations de Matignon, le 7 juin 1936.
La force du récit tient aussi à ce qu’il montre la fragilité de ces acquis. En 1938, une tentative de grève pour défendre la semaine de 40 heures est réprimée par le gouvernement Daladier. Un an plus tard, la guerre éclate. Le film replace ainsi le Front populaire dans une histoire brève mais décisive, à la fois promesse sociale et parenthèse historique brutalement refermée.
Le documentaire insiste pourtant sur une autre ligne de continuité. Vichy a tenté d’effacer le Front populaire, mais l’espérance qu’il avait suscitée a refait surface dans la Résistance, puis dans les gouvernements de la Libération qui ont poursuivi son œuvre. C’est là que se joue encore aujourd’hui la portée du sujet: non pas dans la nostalgie d’un passé révolu, mais dans la mémoire d’un moment où des millions de Français ont vu l’État céder sous la pression d’un rapport de force social et politique. En remettant cette histoire à l’antenne quatre-vingt-dix ans après les faits, France 3 ne propose pas seulement un retour sur archive. Elle rappelle qu’en France, le front populaire n’est pas qu’un épisode scolaire; il reste un nom chargé de conquêtes, de fractures et d’attentes inachevées.
