La famille Lemière a perdu, à partir du vendredi 8 mai, les 4 hectares qu’elle louait à Beaumont-en-Auge, dans le Calvados, pour y faire passer un projet d’aire d’accueil des gens du voyage. Le terrain, situé sur la commune voisine de Pont-l’Évêque, est en cours d’aménagement par la communauté de communes pour recevoir ces installations.
Sébastien Lemière dit avoir appris le projet au début du mois de mai, alors que la parcelle venait tout juste d’être semée en maïs. Sa famille travaille sur une exploitation laitière où de jeunes agriculteurs sont installés, et il affirme que cette surface leur est indispensable. « Nous, personnellement, avec des jeunes installés sur l'exploitation laitière, on a besoin de ces superficies. Mettre des gens du voyage sur les meilleures terres de la région, ça nous exaspère », dit-il.
Le dossier a pris de court les Lemière. Sébastien Lemière dit avoir reçu un courrier recommandé du tribunal administratif alors que le chantier du semis venait d’être engagé. La parcelle, ajoute-t-il, n’a « aucun réseau » ni « aucun accès sur la voie publique », ce qui, selon lui, ferait peser un coût important sur l’argent public. Il évoque aussi un risque géotechnique lié à des marnières, ces cavités souterraines qui peuvent provoquer un effondrement du terrain.
« C'est ce qu'on appelle des marnières, des cavités souterraines. Le terrain peut s'effondrer à tout moment. Les premières années, quand on a commencé à labourer, c'est moi-même qui ai rebouché la cavité. J'ai juste poussé un peu de terre pour reboucher le trou. Mais quand il y a un œil, il y a des galeries dessous », explique-t-il. Pour la famille, le choix du site ne tient pas compte des contraintes agricoles de la parcelle ni de l’organisation de l’exploitation.
Adrien Lemière insiste lui aussi sur la configuration du terrain. Selon lui, les 4 hectares se trouvent « sur un îlot de 30 hectares », ce qui compliquerait l’épandage des effluents d’élevage et exposerait la famille à des tensions avec les occupants du futur site. « Les 4 hectares se trouvent sur un îlot de 30 hectares, alors, lorsque l'on va devoir épandre nos effluents d'élevage au niveau des odeurs, on va vraiment leur mettre le lisier ou le fumier sous le nez, on risque de recevoir des menaces », dit-il.
Il affirme aussi qu’un autre emplacement existe à 800 mètres, mais qu’il est déjà occupé illégalement l’été par des gens du voyage. « Ils s'y plaisent, ils ont accès à l'eau qui arrive dans le champ, l'électricité aussi, et, en plus, il y a un accès à la route qui est très simple », dit-il à propos de cette alternative. La famille doit rencontrer la communauté de communes dans une dizaine de jours pour tenter de faire entendre ses objections.
Le bras de fer s’inscrit dans un cadre légal précis. La loi Besson impose aux communes de plus de 5 000 habitants de prévoir des conditions d’accueil pour les gens du voyage. Dans ce dossier, les Lemière contestent autant le principe de la réquisition que le choix du terrain, qu’ils jugent mal adapté à une exploitation agricole déjà sous pression. Sébastien Lemière résume ainsi sa colère: « Comment on peut retirer quatre hectares à deux jeunes installés, alors qu'il y a des haras qui arrivent à trouver des terres à des fortunes, pourquoi on ne prend pas déjà ces terres-là qui sont en vente ? »
Dans le Pays d'Auge, la suite se jouera donc autant sur le droit que sur la capacité des élus à trouver un site accepté par tous. Pour l’heure, les 4 hectares de Beaumont-en-Auge sont sortis de l’exploitation familiale, et le conflit entre usage agricole et obligation d’accueil est désormais frontal.
