Lecture: Siri Hustvedt parle du deuil, de Brooklyn et des derniers mots de Paul Auster

Siri Hustvedt parle du deuil, de Brooklyn et des derniers mots de Paul Auster

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Ce n’est pas un jour comme les autres, a dit en parlant du 30 avril, deux ans jour pour jour après la mort de . Pour l’écrivaine, cette date reste liée à l’homme qu’elle a aimé pendant 43 ans, mais aussi à une maison de Brooklyn qui n’a presque pas changé depuis sa disparition. Elle dit désormais s’être habituée à l’absence.

Hustvedt raconte qu’un an plus tôt, à la même date, elle n’aurait pas su décrire son état. Aujourd’hui, dit-elle, les choses vont mieux, parce que le temps fait son travail. La vie reprend son cours, le chagrin évolue. Même quand Auster était en train de s’éteindre, elle savait que cette réalité n’était pas statique. Désormais, vivre dans le même environnement lui apporte davantage de réconfort que de tristesse. « Je suis bien chez nous », a-t-elle dit.

La romancière parle dans le contexte de , un livre dans lequel ses mots se mêlent aux derniers textes d’Auster. Elle a commencé à l’écrire deux mois après sa mort, quand elle a compris qu’elle ne pouvait parler de rien d’autre que de lui. Le livre s’inscrit dans une histoire commencée en 1981, année où les deux écrivains se sont rencontrés et ont fini par construire une vie commune à Brooklyn, dans une grande maison où elle travaillait au deuxième étage et lui au sous-sol.

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Cette maison est au cœur du deuil comme du livre. Hustvedt dit que rien n’y a changé depuis la mort de son mari, et c’est précisément cela qui la rassure. Auster, lui, avait commencé à écrire Lettres à pour leur petit-fils, né le 1er janvier 2024, avant de mourir à Brooklyn le 30 avril 2024, après 18 mois de combat contre un cancer du poumon. Le geste final du père et du grand-père donne à Ghost Stories une portée qui dépasse le simple hommage.

Le point de friction, pourtant, tient à ce que Hustvedt dit avoir perdu. Elle ne décrit pas seulement l’absence d’un mari, mais celle du lien lui-même, du « et » de « Paul et Siri ». « Nous nous aimions énormément », a-t-elle dit, avant d’ajouter que ce qui lui manque le plus n’est pas son mari, mais ce duo qui les définissait. C’est là que le livre prend sa mesure: non pas dans la commémoration d’un écrivain célèbre, mais dans la façon dont une vie partagée continue d’exister après la mort de l’un des deux.

Hustvedt ne présente pas le deuil comme une ligne droite. Elle le décrit comme quelque chose qui bouge, qui change avec le temps, et qui finit par cohabiter avec la routine d’une maison restée intacte. Deux ans après la mort d’Auster, elle parle moins d’un vide que d’une présence transformée. La réponse à la question que pose cette date est déjà là: le temps n’efface pas la perte, mais il permet à la vie de reprendre sa forme autour d’elle.

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