L’Organisation mondiale de la santé a relevé dimanche 17 mai son niveau d’alerte internationale après l’apparition d’une nouvelle épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo. L’épidémie se concentre dans la province de l’Ituri, où le virus circule sous la variante Bundibugyo, et l’OMS estime désormais qu’il s’agit d’une urgence de santé publique de portée internationale.
Samedi, l’organisation comptait près de 250 cas suspects et 80 morts, dont huit cas confirmés en laboratoire. Elle faisait aussi état de 246 cas suspects et de 80 décès suspects dans la province, ainsi que d’un cas confirmé supplémentaire à Kinshasa et d’un mort à Kampala, en Ouganda, chez des voyageurs rentrés récemment de l’Ituri. De son côté, l’Africa CDC avançait 88 morts probablement liés au virus et 336 cas suspects.
Ces chiffres ont un poids particulier parce que l’Ituri est une zone difficile d’accès, minée par l’insécurité et les violences armées. Le pont de Nizi s’est effondré en novembre 2025 et n’a jamais été reconstruit, ce qui complique encore les déplacements vers les zones touchées. Peu d’échantillons ont pu être analysés en laboratoire, faute d’accès rapide aux malades et aux villages affectés.
Isaac Nyakulinda a décrit une situation qui s’aggrave au jour le jour. « Nous voyons des gens mourir depuis deux semaines », a-t-il dit. Il a aussi expliqué qu’il n’existe pas de lieu pour isoler les malades, que beaucoup meurent à domicile et que leurs corps sont ensuite manipulés par les membres de leurs familles, un contexte qui favorise la transmission du virus. Ebola se transmet par les fluides corporels ou le sang d’une personne infectée, vivante ou morte, et les personnes atteintes ne deviennent contagieuses qu’après l’apparition des symptômes.
Découvert en 1976, le virus Ebola reste rare mais grave, avec une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 21 jours. L’OMS estime son taux moyen de létalité à environ 50 %, mais rappelle que les précédentes flambées ont affiché des taux allant de 25 % à 90 %. Au cours des 50 dernières années, le virus a causé plus de 15.000 morts en Afrique, et la nouvelle flambée en Ituri s’inscrit dans une région où les épidémies d’Ebola sont fréquentes, sur fond de mouvements de population liés à l’activité minière dans cette province aurifère frontalière de l’Ouganda et du Soudan du Sud.
Le principal enjeu reste désormais la capacité des autorités sanitaires à atteindre rapidement les foyers de contamination avant que les chaînes de transmission ne s’étendent au-delà de l’Ituri. Le cas confirmé à Kinshasa et le décès signalé à Kampala montrent déjà que le virus ne reste pas confiné à la province où il a émergé, et que la riposte devra dépasser le seul périmètre local.

