Éric Cantona revient à Cannes sous deux visages. L’ancien attaquant de Manchester United apparaît dans le film Les Matins merveilleux, présenté en séance spéciale, tandis qu’un documentaire intitulé Cantona est aussi montré sur la Croisette, consacré à sa première vie de footballeur.
Dans un entretien au Figaro, Cantona résume lui-même ce glissement vers le cinéma d’une phrase sèche: « Je n’ai pas de photos de moi en footballeur sur mes murs ». À 58 ans, il est présenté avant tout comme acteur, mais le festival remet au premier plan l’homme qui a marqué le football anglais entre 1992 et 1997.
C’est cette période que le documentaire de David Tryhorn et Ben Nicholas remet en circulation. Le film revient sur les années Manchester United, là où Cantona a remporté le championnat quatre fois et où il a été entraîné par Alex Ferguson. Le portrait ne se limite pas aux trophées: il insiste aussi sur son tempérament explosif, ses incidents et cette manière de parler qui a longtemps nourri sa légende.
Le documentaire ouvre d’ailleurs sur une séquence tendue extraite de Côté tribune. En 2001, Cantona avait été invité dans l’émission pour commenter la une de L’Équipe, et le passage ressort aujourd’hui avec la violence brute de sa formule: « Je pisse au cul de certains journalistes ». La scène dit à elle seule ce que le film cherche à montrer, entre la maîtrise du talent et la part d’ombre qui a accompagné sa carrière.
Ce double passage à Cannes replace Cantona dans une position singulière: assez loin du terrain pour être devenu une figure de cinéma, mais toujours ramené à Manchester United dès qu’il réapparaît en public. Le festival lui offre ainsi une scène où ses deux vies se croisent, l’une jouée, l’autre revisitée, et rappelle pourquoi son nom continue de provoquer autant de fascination que de friction.

