Mathieu Lefèvre a changé de cap sur le dossier Marineland. Après avoir dit en décembre que les cétacés ne partiraient pas en Espagne faute de garanties suffisantes, le ministre a affirmé jeudi matin, après une visite du parc d’Antibes, qu’il favorisait désormais le transfert des deux dernières orques vers Loro Parque, à Tenerife, ainsi que celui des douze dauphins encore hébergés sur place.
Le calendrier se resserre. Lefèvre a dit que le transfert pourrait intervenir dans les semaines à venir et que l’État avait déjà délivré toutes les autorisations administratives nécessaires. Il a résumé sa position d’une phrase nette: « Je refuse de condamner ces orques à une mort certaine. »
Le ministre a ajouté que le risque principal restait l’effondrement potentiel des bassins, dans un site qu’il juge en mauvais état. Selon lui, si les structures s’écroulaient, les orques devraient probablement être euthanasiées. C’est cette menace, plus que le débat de principe sur les sanctuaires, qui a fait basculer sa position. « Toutes les autorisations sont disponibles », a-t-il dit, avant d’insister: « Il n’y a pas d’alternative crédible au transfert en Espagne. »
Le dossier a pourtant changé plusieurs fois de direction en quelques mois. En avril 2025, des autorités scientifiques espagnoles s’étaient opposées au transfert, estimant les conditions d’accueil inadaptées. En décembre, Lefèvre expliquait encore que les cétacés ne seraient pas envoyés en Espagne, faute de garanties. À l’époque, l’option d’un sanctuaire canadien était sérieusement étudiée. Mais le projet n’a pas avancé pendant six mois, et les pistes grecque et italienne ont aussi été écartées après les réponses des autorités locales, qui ont indiqué qu’il n’y avait pas de place.
Marineland abrite toujours Wikie et Keijo, les deux orques restantes, ainsi que douze dauphins à Antibes. Cinq mois plus tôt, le sanctuaire canadien était encore présenté comme l’option préférée. Aujourd’hui, le ministre dit que la réalité est différente et qu’elle ne laisse plus beaucoup de marge. « Aujourd’hui, on est dans une impasse à Marineland », a-t-il dit.
Le point décisif, désormais, n’est plus l’administration française mais l’accord entre Marineland et les parcs espagnols. Sans cet aval mutuel, le transfert ne peut pas se faire. Lefèvre a voulu montrer qu’il choisissait la solution la plus rapide pour éviter un scénario qu’il décrit comme irréversible. Dans ce dossier, la question n’est plus de savoir si l’issue sera douloureuse. C’est de savoir si elle arrivera assez vite pour éviter qu’elle le devienne davantage.

