Près d’un Canadien sur cinq adhère désormais « avec conviction » aux théories du complot, selon un nouveau rapport obtenu par Radio-canada. Le document, préparé par la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, montre aussi qu’en quatre ans, le doute a gagné du terrain chez les répondants.
La part des adhérents convaincus est montée à 18,8 % en 2025, soit une hausse de 7,2 points de pourcentage par rapport à l’exercice mené en 2021. Dans le même temps, la proportion des indécis est passée de 8,8 % à 14,6 %. Pour le chercheur David Morin, cela traduit une progression nette de l’adhésion et de l’hésitation: « Il y a une consolidation de gens qui adhèrent aux théories conspirationnistes et le doute progresse », dit-il en substance.
Le rapport s’appuie sur un sondage réalisé à la mi-2025 par la firme Léger pour la Chaire UNESCO-PREV. Radio-canada a vérifié de façon indépendante la méthodologie de l’enquête. Les chercheurs y ont mesuré l’adhésion à plusieurs énoncés conspirationnistes, ainsi que plusieurs caractéristiques sociologiques et psychologiques des répondants. L’étude compare ses résultats à ceux d’un exercice semblable mené en 2021, ce qui permet de suivre l’évolution des croyances au Canada avant et après la pandémie.
Les chiffres les plus lourds concernent deux idées très répandues. Au Canada, 29,7 % des personnes interrogées soupçonnent les autorités de cacher les risques liés aux vaccins. Par ailleurs, 25,9 % adhèrent à l’idée que l’immigration serait organisée délibérément par des élites politiques, intellectuelles et médiatiques pour remplacer la population canadienne. Le chercheur décrit un univers mental où « l’immense majorité des phénomènes sociaux s’expliquent par des complots ourdis en secret par des entités ou des gens malveillants qui veulent avant tout défendre leurs intérêts », et ajoute: « Ça existe, de grandes entreprises qui s’entendent entre elles ».
Le vocabulaire lui-même reste un point de friction. Les chercheurs reconnaissent que les termes « conspirationnisme » et « complotisme » portent une connotation négative et stigmatisante, mais estiment qu’ils décrivent encore le mieux le phénomène observé. C’est d’autant plus sensible que le rapport s’inscrit dans un travail de prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violent, où la montée du soupçon généralisé est vue comme un sujet de santé démocratique avant d’être une simple affaire d’opinion.
Le message central du document est clair: depuis la pandémie, l’adhésion aux théories du complot s’est enracinée au Canada plutôt qu’elle ne s’est dissipée. Le rapport doit être rendu public prochainement, et ses auteurs comptent s’en servir pour éclairer la suite du débat sur la désinformation, la défiance et les formes de radicalisation qui prospèrent dans cet environnement.
