Le Solar Impulse 2, l’avion solaire qui avait fait le tour du monde en juillet 2016 à Abu Dhabi, s’est abîmé en mer le 4 mai au large du sud de la Floride après un vol d’essai lié à un exercice de la marine américaine. L’appareil, devenu un drone après avoir été repris et profondément modifié par Skydweller Aero, avait décollé le 26 avril de Stennis, dans le Mississippi.
Pour l’équipe de Solar Impulse, la perte a un goût amer. Elle a dit être « attristée par la perte d’un fleuron technologique », rappelant aussi que l’engin « avait été repris et profondément modifié ». Le drone n’a pas pu revenir à son point de départ à Stennis à cause de la météo, selon les faits confirmés après l’accident.
Le poids de l’histoire tient d’abord à ce qu’était cet appareil avant sa métamorphose. En juillet 2016, Bertrand Piccard et André Borschberg se relayaient aux commandes d’un avion de une tonne et demie, large comme un Boeing 747, propulsé uniquement par l’énergie solaire. Alimenté par des batteries rechargeées par quelque 17 000 cellules photovoltaïques sur ses ailes, il avait parcouru 43 041 km en 23 jours de vol effectif, à une vitesse moyenne d’environ 80 km/h, sans une goutte de carburant.
Trois ans plus tard, l’avion a été vendu à Skydweller Aero, qui l’a transformé en drone pour d’autres usages. Cette nouvelle vie a mené l’appareil dans le ciel puis au-dessus de l’eau du golfe du Mexique, où il a terminé sa course lors d’une mission associée à un exercice de la marine américaine. Skydweller Aero a présenté cette phase comme « un record de huit jours et 14 minutes validant la réalité d’un vol à l’énergie solaire perpétuel dans le cadre d’une mission militaire ».
La faille, pourtant, est dans la suite des faits. L’appareil a été abandonné de manière contrôlée au sud de la Floride, puis il a fini par tomber à la mer le 4 mai. Le National Transportation Safety Board a confirmé l’accident et ouvert une enquête. Ce qui a été vendu comme une démonstration de persévérance technologique se retrouve maintenant examiné comme un incident aérien, avec la météo, la transformation profonde de l’avion et les conditions d’une mission militaire au centre des questions.
Pour Piccard, qui a fait de Solar Impulse le symbole d’une aviation sans carburant, l’épisode referme une séquence commencée par un exploit historique et terminée par une disparition en mer. Reste à savoir ce que l’enquête dira du moment où un appareil conçu pour prouver le possible est devenu un drone que même son point de départ n’a pas pu retenir.
