L.L., vice-procureur de Bobigny, a comparu mardi devant la formation parquet du Conseil supérieur de la magistrature pour répondre de l’achat, de la détention et de la consommation de stupéfiants entre 2019 et 2024. La Chancellerie a requis pour ce magistrat un changement de juridiction.
Le dossier est d’autant plus lourd que l’intéressé est décrit comme devenu dépendant à la méthamphétamine et au GHB. En février 2025, il avait déjà fait l’objet d’une alternative aux poursuites sous la forme d’une injonction de soins, qu’il a parfaitement respectée.
La suite de l’audience compte pour l’institution autant que pour l’homme. Le procureur général Marie Suzanne Le Quéau a saisi directement la formation disciplinaire, en visant des atteintes à l’état de la fonction de magistrat, à l’honneur et à la probité. Cette audience, particulièrement troublante pour la justice, met en lumière un magistrat jusque-là impeccablement noté pendant près de dix-huit ans, avant une chute décrite comme liée au chemsex, à une détresse humaine et à un accablement professionnel.
C’est cette fracture qui donne sa portée à l’affaire. L.L. n’est pas présenté comme un fonctionnaire défaillant au terme d’une carrière ordinaire, mais comme un magistrat longtemps jugé irréprochable, qui a dévissé au point d’atterrir devant sa propre institution disciplinaire. Il a lui-même résumé l’effondrement par une phrase lourde de sens: « Ma présence ici était impensable ».
Le changement de juridiction demandé par la Chancellerie dit aussi la prudence de l’exécutif face à un dossier qui touche au cœur de l’autorité judiciaire. Mais la tenue parfaite de l’injonction de soins, en février 2025, complique le tableau: elle montre qu’un suivi a été engagé et respecté, sans effacer pour autant les faits reprochés ni leur portée déontologique. La question n’est donc pas seulement celle d’une dépendance assumée, mais celle de la manière dont la magistrature traite un cas où l’exigence d’exemplarité se heurte à la réalité d’une chute personnelle et professionnelle.
Au bout du compte, l’audience devant la formation parquet du Conseil supérieur de la magistrature dit moins une simple affaire de drogue qu’un test pour l’institution elle-même. Elle doit décider comment sanctionner un magistrat qui a reconnu la dérive, suivi les soins imposés et pourtant demeuré, aux yeux de la procédure, en porte-à-faux avec l’honneur de sa fonction.
