Iberostar Group exploite 18 hôtels à Cuba et, depuis mai 2025, gère aussi le plus grand établissement du pays. La propriété, une tour de 42 étages avec 600 chambres, a nécessité un investissement public de 232 millions de dollars. Dans un pays frappé par les coupures de courant et la faiblesse de la demande touristique, ce chiffre dit à lui seul à quel point l’île continue de miser sur le haut de gamme.
La raison pour laquelle ce dossier revient aujourd’hui tient moins au bâtiment qu’au contexte politique et financier qui l’entoure. Washington accentue la pression sur les entreprises qui traitent avec GAESA, le conglomérat militaire qui contrôle pratiquement la moitié du PIB cubain. Au passage, les chaînes espagnoles occupent déjà une place majeure dans l’hôtellerie liée à Gaviota: sur 120 hôtels, 62 sont gérés par des groupes espagnols, dont Meliá avec 33 établissements et Iberostar avec 18.
Cette implantation ne se limite pas aux hôtels. GAESA, ou Grupo de Administración Empresarial, SA, gère aussi le transport, les stations-service, la construction, le commerce de gros et de détail, les télécommunications, les transferts de fonds, le commerce extérieur et la zone spéciale de développement de Mariel. Ses opérations internationales passent par la Banque Financière Internationale, ce qui donne au conglomérat une place centrale dans l’économie cubaine malgré l’isolement du pays.
C’est précisément là que le tableau se fissure. Alors que la vitrine touristique continue d’attirer des capitaux étrangers, la réalité commerciale s’est dégradée. La moitié des hôtels de Meliá à Cuba sont actuellement fermés faute de demande, minés par les pannes d’électricité, les difficultés à se procurer nourriture et boissons et la disparition des vols en provenance du Canada. Dans ce décor, l’ouverture de la tour exploitée par Iberostar est passée presque inaperçue dans Granma et dans les autres médias d’État, comme si le plus grand projet hôtelier du pays avait été lancé dans le silence.
La question qui compte désormais est simple: Iberostar maintiendra-t-il sa présence à Cuba si les sanctions américaines contre les sociétés liées à GAESA se durcissent encore ? Pour l’instant, rien n’indique un retrait. Mais avec 18 hôtels en exploitation et la plus grande tour hôtelière du pays entre ses mains, le groupe espagnol est déjà exposé à la prochaine escalade.

