Depuis plusieurs semaines, Amy Ayres, ses deux adolescents et son fils adulte dorment sous une tente installée dans une aire de conservation d’Ottawa. Leur chien et leur chat vivent aussi avec eux, dans ce qui est devenu le seul toit que la famille a réussi à garder ensemble.
La raison pour laquelle cette famille est cherchée aujourd’hui tient à une impasse très concrète: elle n’a pas trouvé de logement abordable, et la ville reste sous pression. À Ottawa, plus de 16 000 ménages figuraient sur la liste d’attente pour un logement subventionné à la fin de l’an dernier, avec un délai moyen de cinq à huit ans. Pour une famille qui dort déjà dehors, ces chiffres ne sont pas abstraits.
Ayres dit avoir quitté son emploi de préposée aux soins personnels après la pandémie pour des raisons de santé mentale. Elle dépend maintenant de l’aide sociale, tandis que son fils aîné travaille à temps plein dans la restauration rapide. Ensemble, leurs revenus tournent autour de 4 000 $ par mois. Même avec cette somme, dit-elle, le loyer reste hors de portée une fois payés l’électricité, la nourriture, les frais médicaux, les véhicules et les assurances.
Le noeud du problème n’est pas seulement financier. Ayres explique qu’elle tient à garder sa famille unie, mais que cette exigence a aussi fermé des portes: soit aucun endroit ne pouvait accueillir tout le monde ensemble, soit il n’y avait pas de place. Elle dit que son inscription à Ontario Works a rendu la recherche encore plus difficile et que les refus se sont accumulés, parfois sans autre explication qu’une porte fermée de plus. Dans un marché où même les familles avec un revenu ont du mal à convaincre un propriétaire, la présence d’enfants et d’animaux peut suffire à faire basculer un dossier hors de la course.
Une amie a depuis proposé un hébergement temporaire, mais cela ne règle pas l’essentiel. La famille n’a toujours pas de solution permanente, et rien n’indique encore quand elle pourra quitter la tente sans se séparer. C’est là que se mesure la crise: non pas seulement dans le manque de logements, mais dans le fait qu’une mère d’Ottawa doit choisir entre rester ensemble et trouver un endroit où vivre.
