Patrick Groulx a remonté mardi sur la scène du Théâtre St-Denis avec Trop longtemps seul, un cinquième spectacle où il remet au premier plan deux de ses personnages les plus connus. Après trois spectacles bâtis dans un format d’humour à l’américaine, micro en main, tabouret et bouteille d’eau à portée de la main, il a choisi de revenir à une formule plus incarnée, plus théâtrale et plus risquée.
Le retour le plus attendu est celui du curé Poirier, qui fait encore entendre son fameux « Vos yeules ! ». Groulx a aussi ramené un autre personnage populaire, dans un spectacle qui puise dans sa propre crise de la cinquantaine et dans la solitude qui l’accompagne. Le comédien montre ainsi qu’il n’a pas abandonné ce qui l’a fait connaître, même après plusieurs années à privilégier le stand-up pur et dur.
Ce virage a du poids parce qu’il touche à une vieille ligne de fracture dans l’humour québécois. Entre 2005 et 2010, la comédie de personnages, avec costumes et perruques, a été associée à une forme de ringardise par une partie du milieu. Groulx, lui, s’en est éloigné pendant trois spectacles, avant de réinvestir ce territoire à un moment où sa vie personnelle a changé autant que sa scène.
Le spectacle s’inscrit aussi dans une période très précise de sa vie. Ses enfants ont pris leur envol, sa nouvelle amoureuse vit en Outaouais, et ce vide-là nourrit le propos de Trop longtemps seul. Le résultat n’est pas un simple retour en arrière, mais une façon de revisiter ses forces au moment où la solitude devient matière de scène plutôt que sujet à contourner.
Le pari de Groulx est clair: faire rire sans renoncer à ce qui l’a distingué. En ramenant ses personnages après trois spectacles plus dépouillés, il répond lui-même à la question que posait ce retour. Il ne tourne pas la page sur le stand-up; il ajoute à son arsenal ce que le public attendait encore de lui, et il le fait au moment où cette liberté semble la plus justifiée.
