Éric Duhaime dit préférer ne pas dénoncer publiquement les remarques haineuses qu’il reçoit en raison de son orientation sexuelle, même après la vague de commentaires homophobes que Charles Milliard a dénoncée dimanche sur les réseaux sociaux. Le chef conservateur dit qu’il ne veut pas donner de l’importance aux trolls ni nourrir leur visibilité.
« On a une approche différente, M. Milliard et moi là-dessus », a-t-il dit, en expliquant qu’il ne voit aucun intérêt à exposer les attaques qu’il reçoit. « Moi, je n’ai jamais prêté d’attention aux trolls », a ajouté Duhaime. « La dernière chose que je veux leur donner, c’est de l’importance. » Selon lui, publier des captures d’écran de ces messages ne ferait que les encourager: « Les trolls, qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils veulent justement sentir que ç’a de l’impact sur nous », a-t-il dit. « Ça ne va pas les arrêter, ça pourrait même les alimenter. »
Milliard, lui, a choisi l’inverse dimanche, à l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, en dénonçant des insultes comme « Discours de tapette », « homo » et « fag » qu’il dit recevoir depuis qu’il est devenu chef du Parti libéral du Québec. Duhaime a aussi dit recevoir des commentaires dénigrants, ajoutant que les femmes et les communautés culturelles sont elles aussi visées par ce genre d’attaques. « Chacun y va en fonction de ses intérêts », a-t-il dit, résumant une ligne de conduite qui tranche avec la dénonciation publique de son rival.
Le contraste est aussi politique que personnel. Duhaime n’a pas souligné la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, mais il a publié le lendemain un message pour la Journée nationale des patriotes. Interrogé sur sa propre expérience, il a répété que le Québec est « une des sociétés les plus tolérantes » envers l’homosexualité. « Comme gai, il n’y a nulle part ailleurs qu’au Québec où j’aurais voulu venir au monde », a-t-il dit, en racontant aussi que sa mère avait pleuré lorsqu’il avait annoncé à ses parents qu’il était gai, parce qu’elle croyait que sa vie serait plus difficile. Il lui aurait répondu qu’elle se trompait, et que sa vie serait au contraire plus facile. « Puis, c’est effectivement ce qui m’est arrivé », a-t-il dit.
Ce récit personnel s’inscrit dans une ligne de pensée que Duhaime a déjà rendue publique dans son livre La fin de l'homosexualité et le dernier gay, publié en 2017. Il y affirme ne pas croire à l’homophobie systémique, ni au racisme systémique, ni au sexisme systémique. « Je ne pense pas qu’il y a de l’homophobie systémique ou du racisme systémique ou du sexisme systémique. Au contraire, je pense que quand t’es une minorité au Québec, souvent le système est de ton bord », a-t-il dit. C’est là que se loge la tension de son message: il reconnaît la laideur des attaques en ligne, mais refuse d’en faire un enjeu public, au nom d’une lecture plus large du Québec et de la place qu’y occupent les minorités.

