Jean-Claude Raspiengeas revient aux cartes routières françaises avec un essai qui prend la forme d’un trajet à travers le xxe siècle. Son point de départ tient dans une formule simple: «Au commencement était le pneu.» Le livre, qui prolonge Routiers publié en 2020 chez L’Iconoclaste, ne parle pas seulement de papier plié et de routes dessinées. Il montre ce que ces cartes disent d’une France qui s’équipe, se déplace et part en vacances.
Le repère est précis: la première carte routière Michelin grand public paraît en 1910. Dans les trois années qui suivent, Michelin en publie quarante-sept autres. Le format, à soufflet, se déplie en accordéon; l’échelle, au 1/200 000, donne à voir un pays qu’on commence à parcourir autrement. En 2026, alors que les guides verts de Michelin fêtent leur centenaire, l’essai relie ces cartes à la montée du tourisme automobile et des congés payés, deux mutations qui ont déplacé les habitudes de vie autant que les trajets.
Raspiengeas ne s’arrête pas à la technique ni à l’histoire d’une marque. Il regarde les cartes comme un miroir social, avec leurs usages, leurs modes et leurs manies. Jean-Baptiste Passé y voit «les tocades du moment», et l’essayiste reprend l’idée qu’avec ces objets, «rien n’est moins figé qu’une carte». L’ensemble dialogue aussi avec les différents visages de Michelin, des guides verts aux bleus, des rouges au Routard, comme si la cartographie routière racontait à elle seule les changements d’une époque.
Cette lecture donne sa force au livre: une carte n’est pas un simple outil pour aller d’un point à un autre. Elle enregistre les façons de voyager, les loisirs naissants, la vitesse, la mécanique et la démocratisation des départs. Raspiengeas, qui avait déjà suivi les routiers dans son précédent ouvrage, élargit ici le regard. Il va jusqu’aux collectionneurs que l’on appelle les carteux, comme si la passion de conserver ces feuilles disait aussi ce que la France a voulu garder de ses routes.

