Le tunnelier appelé à creuser le prolongement de la ligne bleue, dans l’est de Montréal, a été officiellement baptisé Lisette mardi. Le nom rend hommage à Lisette St-Onge, choisie comme marraine parce qu’elle est devenue la première opératrice du métro en 1981.
St-Onge avait été embauchée l’année précédente, en 1980, comme conductrice d’autobus à la Société de transport de Montréal, à une époque où seulement une quinzaine de femmes étaient derrière le volant. Devant le tunnelier, elle a rappelé qu’elle adorait son travail de conductrice de métro et qu’elle n’aurait jamais imaginé avoir l’occasion de devenir la marraine de la machine du prolongement de la ligne bleue.
La cérémonie de mardi donne un visage à un chantier que Montréal attend depuis longtemps. La machine, conçue sur mesure pour un projet précis, doit creuser les futures stations de la ligne bleue jusqu’à Anjou, une étape attendue en 2028. Elle appartient en principe au consortium gagnant du contrat, formé par Pomerleau, EBC et Spie Batignolles, qui mènera les travaux.
Le public avait été invité ces derniers mois à voter parmi cinq Québécoises ayant marqué l’histoire du transport collectif. Le choix de Lisette St-Onge s’inscrit dans un baptême symbolique devenu traditionnel pour ce type d’équipement, mais il rappelle aussi le temps qu’il a fallu pour ouvrir les portes du transport urbain aux femmes. À l’époque, leur présence au sein de la STM restait marginale, et St-Onge faisait partie de celles qui ont forcé le passage.
La portée du geste dépasse le seul nom peint sur la machine. Le prolongement de la ligne bleue est un projet de longue haleine, et le baptême du tunnelier sert aussi à ancrer ce chantier dans la mémoire montréalaise, alors que les travaux s’étirent encore sur plusieurs années.
La question qui reste en suspens est celle de l’après. Une fois arrivée à Anjou en 2028, la machine doit être démontée puis renvoyée en Allemagne, où elle a été fabriquée à l’origine. Le ministre Benoit Charette a laissé entendre qu’il faudra voir, dans les prochaines années, s’il est possible de rentabiliser l’investissement, disant qu’il est trop tôt pour prendre un engagement mais qu’il y a matière à réflexion. La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, n’a pas promis de « s’engager à garder le tunnelier », tandis qu’Aref Salem a insisté sur le besoin d’avoir un PSE dans l’est et sur l’idée de se donner rendez-vous à la sortie en 2028.
