Alice Cooper a eu un siège au premier rang pour croiser des légendes du rock, mais Keith Moon l’a laissé sans voix. Dans un entretien accordé à Fretlight Guitar, le chanteur a dit que tout ce que l’on raconte sur Moon ne représente qu’une partie infime de la vérité, et que le batteur de The Who dépassait encore sa réputation déjà démesurée.
« Je dis toujours aux gens, 30 per cent de ce que vous avez entendu à mon sujet est vrai, d’accord ? Ou à propos de Marilyn Manson ou d’Ozzy Osbourne. Tout ce que vous avez jamais entendu sur Keith Moon, et vous n’en avez entendu qu’un dixième », a déclaré Cooper. Pour lui, Moon ne relevait pas du mythe arrangé après coup, mais d’une présence si extrême qu’elle imposait sa propre version des faits.
Cooper a raconté que Moon avait séjourné une semaine chez lui, peu après son mariage, alors que sa femme ne savait pas qui il était. Un soir, ils sont rentrés et l’ont trouvé vêtu d’une tenue complète de femme de chambre française. « Ma femme me dit: “Qui est-ce ?” et j’ai dit: “C’est le meilleur batteur du monde. Laisse tomber” », a-t-il rapporté. Il a ajouté que les frasques de Moon étaient quotidiennes, au point qu’il a résumé la situation d’une formule simple: « C’était quotidien. »
L’épisode le plus parlant, selon lui, est resté celui d’un mur d’hôtel détruit par Moon pour récupérer un lecteur de cassette dans la chambre voisine. Cooper a présenté la scène comme un exemple parmi d’autres de cette énergie incontrôlable qui a nourri sa légende. Moon n’était pas seulement un personnage de tabloïd; il était aussi le batteur dont le jeu a été essentiel au son de The Who et à l’identité de cette période des swinging sixties à Londres.
Cette double réputation, Cooper l’a mise en chiffres et en excès. « Le fait qu’il ait atteint 32 ans est absolument stupéfiant. Je veux dire, il aurait dû mourir 50 fois, vous savez ? », a-t-il dit. Le constat n’efface pas le musicien derrière le chaos; il le replace plutôt au centre de ce qui a fait de Moon une figure à part, à la fois pour sa frappe et pour l’anarchie qu’il a traînée derrière lui.
Le détail compte aussi parce qu’il rappelle une chose souvent oubliée: dans le rock, les batteurs ne reçoivent pas toujours la même aura artistique que les guitaristes ou les chanteurs, mais Moon a forcé le regard. Sa réputation s’est construite sur un style de jeu révolutionnaire et sur une vie menée comme une provocation continue. Cooper ne le présente pas comme une légende polie. Il le présente comme quelqu’un qui a poussé son propre mythe jusqu’au bord du gouffre, et qui, contre toute attente, a tenu jusqu’à 32 ans.
Ce que Cooper laisse entendre est net: Keith Moon n’a pas seulement accompagné l’histoire de The Who, il l’a marquée de son empreinte jusqu’à la déformation. Sa musique a défini un son; son comportement a défini une époque; et, des décennies plus tard, les deux restent indissociables.

