Tonin Janvier n’a pas attendu longtemps pour dire oui à Sirât. Approché par deux directeurs de casting lors d’un festival de cirque et d’électro dans le Tarn, il a accepté le film d’Oliver Laxe sur-le-champ. À 42 ans, cet homme venu du spectacle de rue a vu dans ce tournage bien plus qu’un rôle de plus: une porte entrouverte vers le cinéma.
« Dès la première seconde, j’ai dit let’s go », dit Janvier, qui a joué dans le film un membre d’un groupe de raveurs. L’expérience a, selon lui, réveillé quelque chose de précis dans son rapport au jeu. Il résume ce basculement d’une phrase simple: au théâtre, une scène peut se rejouer encore et encore, alors qu’au cinéma, avec moins de prises, on peut se permettre de laisser vivre l’émotion et d’y gagner en justesse.
Cette façon de parler du plateau vient d’un parcours qui n’a rien de classique. Janvier est né dans la roulotte de ses parents, artistes de rue, et a grandi dans une compagnie où lui et sa sœur Lila jouaient déjà enfants. « À 5 ans, mon premier rôle était celui d’un apprenti alchimiste », raconte-t-il. Depuis, il manipule des marionnettes à fils depuis vingt ans, un travail de patience, de précision et de répétition qui l’a formé à la scène bien avant de l’amener à l’écran.
Son chemin l’a aussi conduit loin des circuits habituels du cinéma. Janvier a vécu un peu plus de cinq ans au Mali, où il a travaillé comme chauffeur de taxi-brousse puis comme convoyeur de véhicules. Il se souvient avoir conduit des bus pour des clients en France avant de les ramener par la route, en passant par l’Espagne, le Maroc, la Mauritanie puis le Mali. Ce lien à la route, aux voyages de traverse et à la communauté des voyageurs explique en partie pourquoi Sirât lui a paru si familier.
Le film d’Oliver Laxe s’inscrit dans cet univers de déplacement permanent. Janvier y incarne un raver en plein trajet dans le désert marocain, et il est souvent au volant dans cette fiction de route. Le décor, les corps fatigués, l’errance et les nuits longues résonnent avec une vie passée entre roulotte, festivals et grands axes. Pour un acteur venu de l’underground du spectacle, le rôle n’a rien d’anecdotique: il lui a permis de retrouver un terrain qu’il connaît de l’intérieur.
La force de ce casting tient aussi à ce contraste. Janvier n’est pas issu du cinéma, mais d’un monde où l’on joue, on circule et on improvise avec les moyens du bord. C’est précisément ce bagage qui a attiré les directeurs de casting au festival du Tarn et convaincu Laxe d’aller vers lui. Le film repose sur cette matière brute, sur des présences qui portent une histoire avant même de parler.
Janvier dit d’ailleurs qu’il aimerait aller plus loin. Il souhaite jouer dans un film d’époque, avec costumes et chevaux. Pour l’instant, Sirât lui a surtout offert une confirmation: sa manière de jouer, façonnée par la route et la scène, peut aussi tenir au cinéma. Et ce n’est pas un détour. C’est peut-être la suite logique d’un parcours qui, depuis l’enfance, a toujours commencé en mouvement.

