L’Organisation mondiale de la santé a déclaré ce week-end une urgence de santé publique face à une flambée d’Ebola en Afrique centrale, un signal fort six ans après que la COVID-19 a bouleversé le monde. L’épisode n’atteint pas le niveau d’une pandémie, mais il remet au premier plan une inquiétude désormais récurrente: la transmission d’Ebola depuis l’animal vers l’être humain.
Pour le Dr Peter Hotez, ces alertes ne sont plus des anomalies. Il dit que les épidémies dues à des débordements zoonotiques deviennent plus fréquentes et qu’il faut s’attendre à en voir une “tous les ans environ”. Selon lui, toutes les grandes épidémies des vingt dernières années ont surtout été des événements de ce type. Il résume la situation sans détour: “C’est notre nouvelle normalité.”
Cette lecture prend du poids parce qu’elle ne vise pas seulement Ebola. Le même cadre a servi à décrire une récente flambée de hantavirus, sur le navire MV Hondius, qui a envoyé des passagers américains dans une longue quarantaine au Nebraska. Là encore, il ne s’agissait pas d’une pandémie, mais d’un pathogène passé de l’animal à l’humain. Hotez cite aussi le hantavirus comme un exemple classique de maladie transmise par les déjections et la salive des rongeurs, tandis qu’Ebola tend à circuler depuis des animaux comme les chauves-souris frugivores et les porcs-épics.
Le point de friction, c’est que le risque qu’il décrit ne ressemble pas à un événement isolé, mais à une pression de fond. Hotez estime que le changement climatique peut favoriser davantage de contacts entre humains et faune sauvage. Il dit que la hausse des températures, les modifications des schémas climatiques, météorologiques et de précipitations peuvent pousser certains hôtes animaux à migrer. Il ajoute qu’une autre force est à l’œuvre: l’expansion des villes, avec des mégapoles de 10, 15, 20 millions d’habitants ou plus qui se développent surtout dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en même temps que la déforestation. “Ce n’est pas seulement les chauves-souris et les rats qui se rapprochent des gens; ce sont aussi les gens qui se rapprochent des chauves-souris et des rats”, dit-il.
Au-delà de l’alerte, Hotez appelle les autorités sanitaires à agir avant la prochaine crise, en travaillant déjà sur des vaccins et des traitements pour les maladies susceptibles d’émerger. Son message est simple: maintenant que les épidémies de débordement zoonotique sont appelées à devenir la norme, l’heure n’est plus à la réaction improvisée, mais au renforcement des infrastructures de santé.

