Dans Fjord, Sebastian Stan incarne Mihai, un père roumano-norvégien dont la vie bascule quand les services de protection de l’enfance norvégiens retirent ses cinq enfants du foyer. Le film de Cristian Mungiu, présenté en Compétition à Cannes, suit une famille installée dans une petite ville du littoral ouest de la Norvège après plusieurs années passées en Roumanie.
Mihai et Lisbet, jouée par Renate Reinsve, se sont rencontrés à l’église et élèvent leurs quatre aînés dans une discipline marquée par les histoires bibliques, les paraboles, les psaumes et les chants. Les enfants vivent aussi sous un système de points, attribués ou retirés selon leur comportement. Leur bébé fait partie du groupe emmené par Barnevernet, alors que Lisbet allaite encore, après qu’une enseignante de gymnastique a remarqué des bleus au cou d’Elia, incarnée par Vanessa Ceban.
Cette intervention déclenche une enquête qui place d’un côté des parents profondément croyants, de l’autre un appareil norvégien capable d’entrer dans les maisons, d’observer les familles et, dans certains cas, de retirer les enfants sans décision de justice préalable. C’est le socle du film, un drame de 146 minutes coproduit par la Roumanie, la France, la Norvège, la Suède et le Danemark, et le sixième long métrage de Mungiu, qui fait de ce conflit intime une affaire de frontières culturelles autant que de garde d’enfants.
Le problème, pour le film, est que cette matière brûlante n’aboutit pas toujours à la même intensité qu’elle promet. Le regard reste retenu, presque sec, et la critique souligne que Stan et Reinsve livrent des interprétations intriguantes par leur retenue, mais que l’ensemble finit par paraître sans sang et sous-alimenté. Même ainsi, Fjord garde une ampleur visuelle et une portée qui dépassent son huis clos familial, avec une sortie prévue aux États-Unis chez Neon et au Royaume-Uni chez Picturehouse. Reste désormais à voir si ce mélange de choc moral et de mise en scène mesurée trouvera le public arthouse auquel il semble destiné.

