Lecture: Felix Bingui jugé à Marseille: le parcours du chef présumé du clan Yoda

Felix Bingui jugé à Marseille: le parcours du chef présumé du clan Yoda

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comparaît depuis lundi 18 mai devant le tribunal judiciaire de Marseille avec 19 comparses. À 36 ans, celui que certains surnomment « Félix le chat » ou « Féfé » est jugé pour trafic de drogue en bande organisée, dans une affaire qui vise plusieurs points de deal majeurs.

Né à Alès en décembre 1990, grandi à Nîmes, Bingui est présenté comme un Franco-Camerounais et comme le chef du clan Yoda. Il est accusé d’avoir dirigé des points de vente depuis Dubaï et le Maroc. Son arrestation à Casablanca au printemps 2024 a marqué un tournant dans un dossier suivi de près par les autorités françaises, puis le processus d’extradition lancé par les autorités marocaines en janvier 2025 a ouvert la voie à son renvoi devant la justice française.

Le poids judiciaire de ce procès tient autant à la personne qu’au système qui lui est reproché. Le ministre de l’intérieur l’avait décrit comme « un des plus gros narcotrafiquants de notre pays ». Le clan Yoda, lui, n’est plus présenté comme un simple groupe de rue mais comme une structure de narcobanditisme très organisée, avec des collecteurs, des gardes chargés des armes et de la drogue, des équipes pour gérer les réseaux sociaux et des spécialistes du blanchiment.

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Le dossier raconte aussi une ascension sur une quinzaine d’années, depuis la petite délinquance jusqu’à une figure du trafic à l’échelle nationale. Bingui a connu des ennuis précoces avec la police à Nîmes en 2003 et 2004, dans deux procédures pour recel de pièces de voiture volées et vol avec violence. Il a quitté l’école après la 3e, puis a rejoint les Bouches-du-Rhône avec sa mère divorcée alors qu’il n’avait pas 16 ans. Sa première condamnation est intervenue en 2006, et en 2008, la police l’a relié à une affaire de vols et de stupéfiants. Cette même année, une perquisition à son domicile a permis de saisir des tableaux et des objets d’art provenant d’un cambriolage commis dans un château près de Montpellier.

Un ancien proche de l’enquête résumait ce basculement d’une formule brutale: « Au départ, c’est un voleur de mobylette ». Un autre ajoutait: « Il est très proche de sa maman, chez lui, il n’y a pas la figure paternelle » et encore: « Souvent chez les minots qui basculent, il y a une histoire familiale, un problème de structure ». Une autre remarque visait ses premiers pas judiciaires: « un recel de vol de voiture et un vol avec violence, il commence alors les conneries ». Le récit dessine un enchaînement classique de la petite délinquance vers des dossiers plus lourds, sans rien enlever à la gravité des faits reprochés aujourd’hui.

Ce procès s’ouvre aussi sur l’une des guerres de territoire les plus meurtrières qu’ait connues le trafic de drogue récent dans le pays. La rivalité avec la a débouché sur environ cinquante « narchomicides » en 2023. Derrière les audiences marseillaises, c’est donc toute une organisation criminelle, ses relais et sa violence qui se retrouvent exposés, avec Bingui au premier plan. La question n’est plus seulement de savoir s’il sera condamné, mais jusqu’où la justice parviendra à démonter un système qui a mêlé livraison, protection, blanchiment et guerre de rue.

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