Trois épisodes sur cinq, puis quatre sur cinq. Dans la troisième saison de Euphoria, le mot R revient dans des dialogues banals, et l’op-ed publié par Teen Vogue par Katy Neas dit que ce n’est pas une simple provocation de plus. Pour la directrice générale de The Arc of the United States, ce mot reste un raccourci qui transforme le handicap en matière à moquerie.
Neas écrit que quelques répliques auraient pu être réécrites en quelques secondes. C’est là toute la portée du problème: un mot qui a été repoussé pendant des années hors du langage courant peut réapparaître vite, surtout dans une série qui a pesé sur la façon dont de jeunes téléspectateurs parlent, plaisantent, publient et décident de ce qui est censé être drôle ou « edgy ». Quand plus de 8,5 millions de personnes aux États-Unis regardent une série de ce poids, chaque répétition a un effet qui dépasse l’écran.
L’arrière-plan est connu de ceux qui se battent depuis longtemps contre cette insulte. Le mot R dénigre les personnes ayant une déficience intellectuelle ou développementale, et il porte le message que le handicap serait honteux ou risible. Les militants ont réussi, en grande partie, à le faire sortir de l’usage dominant, aidés par des avancées juridiques comme Rosa’s Law. Aujourd’hui, l’article de Neas dit le contraire de cette victoire: le mot est en train de revenir dans le vocabulaire social.
La friction, c’est que cette résurgence ne ressemble pas à un accident isolé. L’op-ed soutient que l’usage répété peut envoyer aux autres le signal qu’il est de nouveau acceptable de l’employer. Dans ce cas, la télévision ne se contente pas de refléter une familiarité brute ou un réalisme de dialogue; elle peut aussi la légitimer. Pour les personnes qui ont grandi avec ce mot lancé comme une arme, la nuance compte peu. Nicole LeBlanc dit: « Every time I hear the R-word, I want to run, hide, and curl up into a ball », et rappelle: « I was bullied and called the R-word from elementary school to early adulthood. » Elle ajoute: « I often wished I was normal. »
Ce que raconte cette séquence est plus large que Euphoria. Une série qui a su façonner la langue des jeunes peut aussi faire remonter des insultes que beaucoup pensaient reléguées au passé. Et cette fois, la réponse de Neas est nette: le problème n’est pas une ligne de plus, mais le choix de laisser cette ligne passer. Ces répliques pouvaient être changées immédiatement. Le fait qu’elles ne l’aient pas été montre que la question n’est plus de savoir si le mot a disparu, mais qui accepte de le remettre en circulation.
Au moment où la série poursuit sa diffusion, le signal envoyé est déjà clair: si la télévision remet le mot en scène sans contrepoids, il peut redescendre des écrans vers les fils sociaux, les couloirs d’école et la conversation ordinaire. C’est exactement ce que les défenseurs des personnes handicapées tentaient d’empêcher depuis des années.
