Gigliola Cinquetti se produira en concert au Teatro Comunale Bastione Sangallo di Loreto, avec un programme qu’elle présente comme un retour assumé à la scène. La chanteuse italienne dit reprendre ce chemin « de façon systématique » après une carrière commencée il y a plus de soixante ans.
Elle explique que ce rendez-vous est d’abord une manière de retrouver des visages familiers. « Surtout la volonté de rencontrer les personnes qui me connaissent depuis longtemps », dit-elle, en résumant ce qui motive ces concerts. Pour Cinquetti, l’enjeu n’est pas seulement de chanter à nouveau, mais de renouer avec un public qui l’a suivie au fil des décennies.
Cette annonce arrive alors que son parcours reste associé à plusieurs jalons de la chanson italienne. À 17 ans, elle a porté « Non ho l'età » à Sanremo, puis, selon ses mots, elle a remporté « un peu de tout » après cela, dont Canzonissima et l’Eurofestival. Elle dit aujourd’hui que la vraie victoire n’est pas le palmarès, mais « l’affection, l’estime et le respect du public ».
Le concert de Loreto s’inscrit aussi dans une manière très précise de se raconter. Cinquetti dit vouloir parler d’elle « en tant que chanteuse dans [sa] théâtralité », une approche qui, selon elle, la ramène à ses origines. Elle souligne qu’à l’étranger, elle est « seulement » une chanteuse, alors qu’en Italie, certains la connaissent aussi comme figure de télévision. Elle dit avoir chanté dans des théâtres dans une grande partie du monde et ajoute que la scène lui paraît être son habitat naturel.
Le répertoire annoncé va dans ce sens. Cinquetti dit qu’il comprend quelques chansons qu’elle « ne peut évidemment pas ne pas chanter », mais aussi des faces B de 45 tours qu’elle a voulu remettre en lumière. Elle y associe des auteurs et des interprètes très différents, de Battisti à Tenco, Vecchioni et Murolo, jusqu’à ABBA et Cat Stevens. Elle a notamment repris « Lady d'Arbanville » de Cat Stevens et dit choisir des auteurs dont les textes créent une atmosphère chargée de suggestion et d’émotion.
Il y a là une petite friction, et elle dit elle-même la connaître: les grands succès sont souvent perçus comme une limite par les artistes, parce qu’ils finissent par enfermer une carrière dans une seule chanson. Cinquetti ne cherche pas à fuir cette chanson-là. « Maintenant cette petite fille me plaît, je lui suis reconnaissante, parce qu’elle m’a donné une grande opportunité », dit-elle à propos de la jeune chanteuse de 17 ans qu’elle était lorsque « Non ho l'età » a changé sa vie. À Loreto, c’est bien cette double image qu’elle remet sur scène: l’icône populaire et l’interprète qui veut encore se raconter par la chanson.
