Marie-Ève Milot signe la mise en scène de Paradis perdus - Hommage à Jean Leloup, présenté cet été à Trois-Rivières. Le spectacle du Cirque du Soleil s’ouvre sur Le dôme et plonge d’emblée dans un univers où roi Ponpon, l’Enfant fou et une horde de marginaux trouvent refuge dans une forêt spéciale.
Pour Milot, il s’agit d’un deuxième mandat avec le Cirque du Soleil, après avoir travaillé l’été dernier sur l’hommage à Daniel Bélanger. Cette fois, elle aborde Jean Leloup comme un artiste de débordement, dont l’œuvre nourrit un spectacle présenté comme une ode à la marginalité et à tout ce qu’elle laisse entrer de liberté, de démesure et d’imprévu.
Le choix du chanteur n’a rien d’anodin. Paradis perdus est le 10e spectacle de la série hommage du Cirque du Soleil, une franchise qui a appris à transformer des catalogues connus en terrains de jeu visuels et acrobatiques. À Trois-Rivières, la production pousse encore plus loin cette logique avec des disciplines acrobatiques jamais vues dans la ville et des procédés de mise en scène qui sortent des sentiers battus.
Milot dit avoir grandi avec les chansons de Leloup et continuer de l’écouter aujourd’hui. Elle décrit un répertoire foisonnant, assez vaste pour traverser presque tous ses albums, ce que la production entend faire. Le spectacle passe ainsi par l’essentiel de l’œuvre du musicien, des titres qui ont marqué plusieurs époques jusqu’à un dernier album, L’étrange pays, paru en 2019.
La metteuse en scène voit chez Leloup un artiste qui n’a cessé de repousser les limites de sa pratique. Elle évoque aussi ses cycles, dont une mort de son identité artistique suivie d’un retour sous un autre nom, comme autant de passages qui collent à la nature du projet. Cette lecture nourrit un spectacle qu’elle présente comme profondément théâtral, spectaculaire, mais aussi lucide dans son goût de l’excès.
Le point de départ n’a pas seulement été artistique. Leloup a fait une demande particulière, intégrée au spectacle, signe que l’hommage cherche moins à figer une image qu’à la faire bouger. Milot dit qu’elle aurait pu bâtir un spectacle autour de chacun de ses albums, tant son corpus lui offre de permissions. Le résultat assume cette liberté et refuse la norme, jusque dans son idée centrale de paradis perdus: la paix, l’amour, la santé, le goût de vivre et l’innocence, tout ce qui se défait et se cherche encore sur scène.
Dans un paysage où les hommages du Cirque du Soleil sont déjà devenus une série installée, celui-ci s’annonce comme un portrait en mouvement plutôt qu’une simple célébration. La vraie promesse du spectacle est là: faire de Jean Leloup non pas une icône à conserver, mais une matière à traverser, et montrer à Trois-Rivières pourquoi son univers continue de donner autant de permissions.
