Elton John a dit samedi à Toronto qu’une infection oculaire survenue en 2024 l’avait forcé à réinventer sa façon d’écrire, au moment où il a révélé avoir terminé un nouvel album « tellement heureux » et radicalement différent de tout ce qu’il avait fait auparavant.
Le chanteur de 79 ans s’exprimait au Théâtre du Great Canadian Casino Resort, où il recevait le Glenn Gould Prize. Il a aussi annoncé qu’il donnait les 100 000 dollars du prix à la Glenn Gould Foundation et qu’il avait choisi la mezzo-soprano Emily D’Angelo pour le Glenn Gould Protégé Prize, doté de 25 000 dollars.
Avec plus de 30 albums studio derrière lui, John n’est pas connu pour parler de ses habitudes de travail comme d’une expérience à refaire. Pourtant, il a expliqué que ses problèmes de vue l’avaient obligé à casser sa méthode habituelle, faite depuis des décennies de paroles d’abord, musique ensuite. Désormais, a-t-il dit, il commence par les mélodies et ne pose les mots qu’après. « Ce que mon œil m’a donné, c’est la chance, à 80 ans, de complètement inverser ma manière d’écrire », a-t-il déclaré. « J’écris les mélodies d’abord, puis les paroles. Je n’avais jamais fait ça. Et je viens de le faire. »
Le tournant est né d’une épreuve très concrète. John a contracté une grave infection oculaire pendant l’été 2024, puis a écrit publiquement en septembre 2024 qu’il n’avait qu’une vision limitée d’un œil et qu’il faudrait du temps avant que la vue ne revienne dans l’œil touché. Dans un entretien ultérieur avec Variety, il a dit que les 15 derniers mois avaient été difficiles, qu’il ne pouvait ni voir, ni regarder quoi que ce soit, ni lire. Il a aussi dit avoir perdu l’usage de l’œil droit et que le gauche ne fonctionnait pas bien.
Le contraste avec le présent est net. Après avoir mis fin à sa tournée en 2023, au terme de plus de 330 concerts de Farewell Yellow Brick Road, John revient vers le studio plutôt que vers la route. Il a déjà publié l’an dernier Who Believes in Angels? avec Brandi Carlile, mais il a décrit le nouvel album comme quelque chose de plus ensoleillé encore. « C’est tellement heureux », a-t-il dit, en ajoutant: « J’ai juste fait un album qui est très différent de tout ce que j’ai jamais fait auparavant, mais c’est tellement heureux. »
Cette déclaration a eu un poids particulier parce qu’elle est venue d’un artiste qui a fait de la musique son moteur vital. « Si je ne fais pas de musique, je suis mort », a-t-il dit, avant d’ajouter que la musique est son âme et sa force motrice. Il a aussi profité de son allocution de six minutes pour saluer le Canada, qu’il a décrit comme un pays de « bon sens », et pour rappeler que Toronto fait partie de sa vie familiale. David Furnish, son mari, et leurs enfants y ont des proches, a-t-il dit. « Je suis un Canadien », a lancé John devant la salle.
Son discours a aussi servi de rappel discret de ce que cette nouvelle étape signifie. John ne promet plus des tournées interminables; il parle d’un travail différent, né d’une contrainte physique, mais porté par la même urgence créative. À ce stade, la vraie question n’est plus de savoir s’il peut encore surprendre. Il l’a déjà fait. La question est de savoir jusqu’où cette nouvelle façon d’écrire le mènera, maintenant qu’il a prouvé qu’il pouvait transformer une perte de vision en méthode.

