Deux mois après l’annonce puis l’annulation d’une association entre Julien Lacroix et Juste pour rire, Sylvain Parent-Bédard a brisé le silence et reconnu que la décision finale lui appartenait. Le président de ComédiHa! a dit avoir causé un choc lié à des blessures encore vives dans le milieu culturel et dans la société, après une séquence qui a semé la commotion.
Parent-Bédard a expliqué dans un entretien avec une chroniqueuse de La Presse que Julien Lacroix était venu vers l’organisation, mais que « la décision finale fut la mienne ». Il a ajouté que son analyse était incomplète et comportait des angles morts, tout en soutenant qu’il y avait une intention noble derrière l’idée d’offrir une seconde chance. Pour lui, il n’appartient ni à lui ni à Juste pour rire de décider si une personne doit être réhabilitée.
Le dossier a pris forme autour d’un projet de rapprochement avec l’humoriste, dont les allégations d’inconduites sexuelles remontent à 2020 et avaient déjà laissé des traces dans le milieu. L’annonce de l’association avait été suivie d’un recul rapide, dans un climat de forte réaction qui a forcé l’entreprise à revoir sa position. Parent-Bédard dit maintenant que la communauté a été claire et qu’il a dû revenir sur la décision.
Il soutient avoir reçu autant de colère que d’incompréhension au sujet de la marque Juste pour rire, acquise par ComédiHa!, et admet que lui et la communauté n’avaient pas la même lecture de la situation. Avant cet épisode, dit-il, il avait connu une carrière presque sans faute et l’industrie était très heureuse de les voir prendre en charge la relance de Juste pour rire et de Just for Laughs. Mais depuis l’acquisition des actifs, il dit avoir probablement perdu le pouls à certains égards, en raison de ses nombreux déplacements et d’une présence moins régulière sur le terrain.
Parent-Bédard dit avoir consulté plus d’une centaine d’humoristes, de producteurs et de gérants, au terme de six ou sept jours d’appels menés de 7 h du matin à 23 h le soir. C’est, selon lui, cet échange qui a révélé un manque majeur d’outils dans le milieu culturel, particulièrement en humour, pour traiter des situations d’allégations, de dénonciations, de rumeurs ou de réhabilitation. Il estime que son organisation et l’industrie en général n’ont pas encore les mécanismes nécessaires pour encadrer durablement ce genre de dossier.
Pendant près de huit semaines, Parent-Bédard est resté silencieux. Il dit avoir voulu prendre du recul, puis avoir rencontré ses équipes pour leur dire qu’il n’avait pas suffisamment pesé certains éléments. Aujourd’hui, il veut aller de l’avant en collaboration avec ses équipes et avec le milieu, après une affaire qui a montré à quel point une décision présentée comme une ouverture peut se transformer en faute de jugement lorsque le contexte humain n’a pas été assez mesuré.
