Lecture: Nanni Moretti défend le cinéma face à Netflix avant la diffusion sur France 4

Nanni Moretti défend le cinéma face à Netflix avant la diffusion sur France 4

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diffusera mardi 19 mai à 21 h , le film de 2023 dans lequel dirige et joue , un cinéaste reconnu traversant une mauvaise passe. À l’écran, tout se dérobe à lui à la fois: un couple qui se défait, une fille qui ne lui est pas vraiment acquise et un film qui tarde à être financé puis terminé.

Le long métrage place aussi Giovanni face à un producteur qui l’oblige à se tourner vers pour boucler le budget, avant que la plateforme ne lui reproche de manquer d’un moment « what the fuck ». Cette scène résume l’un des ressorts du film: une comédie amère sur la vie de couple, la paternité et le cinéma contemporain, qui sert aussi de critique des plateformes de streaming. Moretti, lui, ne cache pas la ligne qu’il trace depuis des années. « Quand, il y a quelques années, j'ai vu dans un journal que était en train de faire un film pour Netflix, en l'occurrence , j'en ai éprouvé de la souffrance. Les plateformes, c'est pour les séries. Les films doivent se faire pour le cinéma. Tant qu'il y aura des cinémas ouverts, je ferai des films pour le cinéma. Quand j'écris un film, je ne peux pas imaginer que je l'écris pour un gamin de 14 ans en train de le regarder sur son téléphone portable. Ça ne me vient pas à l'esprit. »

Le réalisateur italien dit accepter qu’une plateforme participe au financement d’un projet, à une condition: qu’elle ne s’immisce pas dans le travail. « Si des plateformes veulent financer un de mes films, si elles veulent participer à la production, ok, tant qu'ils ne me cassent pas les c*****. Mais moi, les films, je les fais pour le cinéma. Je crois qu'un film vu au cinéma et un film vu à la télévision, ce n'est pas du tout la même chose. Il y a des films qu'on voit au cinéma dont on sort gratifié, rempli... Je pense qu'avec le cinéma, il y a quelque chose de l'ordre de l'attention et de la tension. » Cette position donne à Vers un avenir radieux une portée qui dépasse sa simple intrigue: le film ne raconte pas seulement les hésitations d’un auteur, il met en scène le bras de fer entre une certaine idée du cinéma et les exigences des plateformes.

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Ce qui frappe aujourd’hui, avec sa diffusion sur France 4, c’est moins la provocation que la cohérence. Moretti a fait de Giovanni son double inquiet, coincé entre l’usure intime, la pression financière et la tentation du compromis numérique, puis a assumé publiquement la même défense du grand écran. Mardi soir, le téléspectateur verra donc un film qui critique les plateformes au moment même où il entre dans le foyer par la télévision, ce qui dit bien la contradiction centrale du cinéma européen actuel: il continue d’exister sur tous les écrans, mais tous les écrans ne lui demandent pas la même chose.

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