François Bayrou remet sur la table une vieille idée centiste au moment où il n’a plus de mandat électif, mais conserve la main sur le MoDem jusqu’en 2027. L’ancien premier ministre est en train d’examiner la création d’une confédération centriste capable de rassembler plusieurs formations, à un moment où les équilibres du centre restent fragiles et dispersés.
Le rendez-vous le plus visible de cette séquence est fixé lundi 18 mai à l’Assemblée, où Bayrou doit participer à un colloque aux côtés d’Élisabeth Borne et de Bernard Cazeneuve. Il doit aussi publier un livre le 18 juin, ce qui ajoute une échéance supplémentaire à une rentrée politique déjà chargée pour une famille centriste à la recherche d’un second souffle.
Bayrou cherche surtout à rapprocher le MoDem de partis comme l’UDI et le parti radical. L’idée n’est pas nouvelle, mais elle revient avec plus d’insistance alors que les centristes savent que l’addition des forces est souvent leur seule voie de visibilité nationale. L’UDI est dirigée au Sénat par Hervé Marseille, tandis que le parti radical est présidé par l’ancien ministre chargé des relations avec le Parlement.
Ce mouvement s’inscrit dans une séquence plus large ouverte la semaine dernière par Élisabeth Borne. Après avoir quitté la tête de Renaissance, elle a lancé une nouvelle structure, Bâtissons ensemble, et y a rassemblé d’anciens membres du gouvernement, dont Agnès Buzyn et Éric Dupond-Moretti. Bayrou avance donc dans un paysage où chacun tente de reconstituer un espace propre, sans que l’unité du centre ne s’impose d’elle-même.
Richard Ramos, proche de Bayrou, résume l’objectif en des termes très politiques: il s’agit de « poser des idées sur la table et montrer qu'on doit rassembler autour de quelques thèmes forts plutôt qu'autour d'une personne ». La formule dit bien le pari, mais aussi sa limite. Le centre français s’est souvent construit contre les personnalités trop dominantes, tout en dépendant d’elles pour exister.
Bayrou a déjà tenté, en 2021, de lancer Ensemble citoyens pour unir Renaissance, Horizons et le MoDem. L’essai avait été affaibli par les tensions entre Édouard Philippe et lui au sujet de la répartition des sièges, un rappel que les alliances de principe se heurtent vite aux calculs d’appareil. Cette fois encore, l’ambition affichée se heurte à une réalité simple: l’union du centre ne se décrète pas, elle se négocie.
Le contexte rend l’opération plus délicate. Bayrou a quitté Matignon il y a neuf mois, il a subi une défaite serrée à Pau par 344 voix lors de la dernière municipale, et sa gestion de l’affaire de Notre-Dame-de-Bétharram reste contestée. Il n’a plus d’ancrage électif direct, mais il conserve une stature et un réseau qui lui permettent encore d’ouvrir des portes. Reste à savoir si cette confédération centriste pourrait dépasser le stade des conversations entre responsables qui veulent surtout éviter l’isolement.
