Le final de l’Eurovision a débuté samedi à Vienne, où 25 pays ont envoyé leurs artistes sur la scène de la Wiener Stadthalle pour la 70e édition du concours. Pendant que des millions de téléspectateurs à travers le monde s’apprêtaient à juger les prestations, la soirée s’est ouverte sous haute sécurité, avec la pluie et la politique en toile de fond.
La diffusion a commencé par une prestation de JJ, le chanteur autrichien formé à l’opéra qui a remporté l’Eurovision en 2025 avec Wasted Love. Les 25 finalistes ont ensuite défilé dans une parade des drapeaux sur le modèle des Jeux olympiques, avant que les animateurs Michael Ostrowski et Victoria Swarovski ne lancent la compétition, présentée par le directeur du concours Martin Green comme un « brilliant, wonderful, heartfelt show ».
Cette édition devait pourtant être d’abord une fête du vote eurovision 2026, dans une ville qui accueille l’événement pour la première fois depuis des décennies. Mais la compétition est de nouveau rattrapée, pour la troisième année, par les appels à exclure Israël en raison de la guerre à Gaza et d’autres conflits. Cinq participants de longue date — l’Espagne, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Islande et la Slovénie — ont boycotté l’édition en signe de protestation contre la présence israélienne, et plusieurs centaines de manifestants ont encore défilé près de l’arène samedi en scandant « Stop the genocide! » et « all of Vienna hates the ESC ». Ils ont été maintenus loin du site derrière un cordon policier.
La tension ne s’est pas limitée à l’extérieur. Mardi, lors de la première demi-finale, la prestation de Noam Bettan pour Israël, avec Michelle, a déjà été perturbée par des manifestants. Samedi, les actes de 25 pays ont tout de même pris place sur scène, dont Før Vi Går Hjem pour le Danemark, interprété par Søren Torpegaard, et Fire, défendu par Sarah Engels pour l’Allemagne. Le concours continue donc d’offrir le rituel attendu de la musique en direct, mais dans un climat où chaque note est aussitôt absorbée par le débat sur la guerre et sur la place d’Israël dans l’événement.
C’est là que se joue le sens de cette finale: l’Eurovision veut rester un spectacle de télévision fondé sur le vote du public, mais à Vienne, le scrutin musical ne peut plus être séparé de la contestation politique qui l’entoure. À la fin de la soirée, les téléspectateurs décideront des vainqueurs des chansons; ils diront aussi si le concours peut encore prétendre échapper aux fractures qui le suivent désormais d’une édition à l’autre.

